VIVRE VITE

3 janvier 23

Ulysse a entendu dire qu’après avoir obtenu le Goncourt au terme d’un nombre démesuré de scrutins, ce roman n’atteignait pas le nombre de ventes réglementaires pour ce prix : deux manières successives de suggérer qu’il ne le méritait pas. Mais lui l’a bien apprécié, notamment à cause de son style nerveux.

Texte autobiographique plutôt que roman, où l’autrice raconte qu’elle s’est décidée à vendre la maison qu’elle venait d’acheter vingt ans auparavant avec Claude, son compagnon, et où celui-ci n’a jamais eu le temps d’habiter, puisqu’il s’est tué à moto quelques jours après qu’ils venaient d’y emménager. C’était le 22 juin 1999. Elle fait une dernière fois le tour de cette journée fatale avant d’en rendre les clés, explorant tous les « si » qui auraient pu permettre d’éviter l’accident. « Si nous n’avions pas obtenu les clés avec quelques jours d’avance », « si mon frère n’avait pas entreposé sa moto dans notre garage ». Ce faisant, elle s’efforce de trouver des correspondances et des élargissements, replaçant l’histoire de son couple dans le contexte social de la petite bourgeoisie lyonnaise des années 80 (dont Ulysse a fait lui-même partie), un peu comme pourrait le faire Annie Ernaux. BG proteste au passage contre les autorités françaises qui ont autorisé la commercialisation de la trop puissante Honda 900 Fireblade alors qu’elle était interdite dans son pays d’origine, le Japon. Elle tente de donner du sens à cette mort accidentelle qui n’en a pas. Parfois, ça marche, parfois non.

Ce n’est pas un texte révolutionnaire mais il est poignant. Le plus beau n’est pas le sens qu’elle parvient à donner à cette mort mais l’effort qu’elle fait pour lui en trouver, par amour, vingt ans après, en observant la mécanique sociale ayant conduit à l’accident mais aussi le mécanisme psychologique de son propre cœur, qui persiste vingt ans après à se souvenir.