Archives du mot-clé Le professeur Norman Normal

LE BLOCUS DU LYCEE HOUELLEBECQ


Vendredi 2 octobre 26


Le mouvement de colère lycéenne a commencé au début de la semaine, à Créteil, puis en Seine Saint-Denis. Grâce à l’action conjuguée des réseaux sociaux et des élus LFI, il s’étend rapidement à toute la France et touche même dès le jeudi Trifouilly-la-forêt, qui est pourtant une ville assez bourgeoise, et son lycée Michel Houellebecq où le professeur Normal achève sa carrière.

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« ON VEUT PAS T’ABANDONNER, TU SAIS »


Mercredi 16 septembre 26


Le Citoyen Lambda qui ne lit plus Libé depuis longtemps achète son ancien journal pour la une en l’honneur de Catherine Ringer, la chanteuse des Rita Mitsouko qui vient de mourir, à l’âge de soixante-huit ans, d’un cancer (comme Marcia dans leur premier tube et comme Fred Chichin lui-même). La photo, qu’il ne connaissait pas, est magnifique : une jeune femme au regard interrogateur et nostalgique, au chignon extravagant porté en équilibre instable sur l’un des côtés du crâne. Elle résume bien ce qu’il percevait de la personnalité de l’artiste à travers ses chansons : une femme libre, fantasque, se moquant des diktats pour créer son propre style. Il espère qu’elle a été cela aussi dans sa vie : fantasquement heureuse. Sa chanson préférée, c’est, disons…

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AUTOPORTRAITS DU FUTUR

Vendredi 4 septembre 26

Premier vendredi de cours, dernière heure : il fait chaud, ils en ont tous assez, le professeur comme les élèves. C’est le premier bon moment pour s’échapper, aller plus loin, dans le futur (où il ne fera sans doute pas plus frais). Il leur propose d’écrire un autoportrait mais qui commencera par les mots suivants :

« Le 4 septembre 2036, je… ».

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LA DIERESE SUR BOHEMI-EN

Vendredi 6 janvier 23

Le jeune Arthur vient devant toute la classe lire le poème qu’il a choisi, « Sensation » de Rimbaud. Bon choix. Le professeur Normal aimerait l’en féliciter, malheureusement l’Arthur d’aujourd’hui écorche les deux derniers vers  de son illustre aîné :

Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien

Par la Nature – heureux comme avec une femme !

Il ne respecte ni le e prononcé de une devant femme, ni la diérèse sur « bohémien ». Lorsqu’un de ses camarades lui en fait la remarque, Arthur s’exclame : « ah oui, bohémi-en », en la marquant trop, pour montrer qu’une diérèse n’a d’après lui aucune valeur poétique, au contraire. Alors le prof Normal saisit la balle au bond et la lui relance d’une question détournée : « A ton avis, jeune Arthur, les bohémiens étaient-ils une catégorie de gens très respectés, surtout dans le monde bourgeois où vivait Rimbaud, et qui ressemblait à celui de la vieille ville de Maintes, où tu vis avec la majeure partie de tes camarades ?

– Non.

– Et si c’était justement pour cela que la diérèse sur ce mot a un sens subversif, parce qu’elle donne plus d’ampleur, de dignité et de noblesse, à ceux qui en sont privés dans la société ? A ton avis, pourquoi d’après Rimbaud les bohémiens sont-ils plus que les autres dignes de la diérèse ?

– Je ne sais pas.

– Parce qu’ils sont des vagabonds, jeune Arthur, des voyageurs avec un V majuscule, comme le jeune poète fugueur dont tu portes le prénom rêve de l’être au moment où il écrit ces vers. Les bohémiens sont à ses yeux les derniers des nobles nomades alors que les bourgeois de Charleville ou de Maintes ne seront jamais que des sédentaires. Tu comprends la valeur de cette diérèse ? ».

Oui, il semble au vieux professeur que le jeune Arthur comprend un peu, et ses condisciples aussi. C’est pourquoi le fantôme du poète aux semelles de vent, qui assistait à cette conversation au fond de la salle de classe, lui balance un sourire sardonique, avant de s’éclipser en claquant la porte, dans un grand courant d’air qui réchauffe un peu l’âme du pédagogue aux semelles de plomb. Mais ce n’est peut-être qu’une sensation.

VIVE LE SPORT COLLECTIF, VIVE L’EPS!

Mon ami le Bûcheron se félicite que des sportifs de haut niveau réagissent pour protester (même en massacrant l’orthographe). « Mais, ajoute-t-il, si vous connaissez des profs d’EPS, vous pouvez aussi leur demander ce qu’ils pensent de ce tweet : juste pour voir s’ils vont plus ricaner ou hurler de rage… »

Le Citoyen Lambda, lui, est certain d’une chose :

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UNE MINUTE DE SILENCE

Lundi 2 novembre 2020

Le professeur Norman Normal et ses collègues ont obtenu de la direction du lycée les deux heures de discussion dont voulait les priver le ministère pour préparer un hommage digne de ce nom à leur collègue assassiné, Samuel Paty. Pendant qu’ils échangent leurs idées, Normal se souvient d’autres minutes de silence. Celle de 2001 pour les victimes des tours du World Trade Center (avec des élèves antillais et arabes amateurs de rap mais très remontés contre l’Amérique). Celles de 2015. Presque vingt ans que les profs de sa génération font faire à leurs élèves des minutes de silence en mémoire des victimes d’attentats islamistes. Nécessaires, elles le sont, mais utiles ?

Il la fera avec sa classe de 2nde, celle dans laquelle il y a le plus d’élèves musulmans. Il leur propose de ne pas subir cette minute de silence mais d’essayer de lui donner du sens.

Il leur projette sur le tableau le portrait de Samuel Paty.

Il leur demande ce qu’ils voient.

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LES HOMMAGES A SAMUEL PATY (OU COMMENT L’EDUCATION NATIONALE SOUTIENT SES PROFESSEURS, AVANT ET APRES LEUR MORT)

En entendant à la radio ce vendredi soir qu’un prof d’histoire avait été décapité pour avoir parlé à une classe de la liberté d’expression et des caricatures de « Charlie Hebdo », je me suis dit que mon pote, le professeur Normal, devait être dans un sale état. Alors, juste avant le couvre-feu, je suis allé le voir. Il était avec le citoyen Lambda et ils discutaient évidemment de ce meurtre.

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PARLER DE VerNON SUBUTEX

Lundi 2 mars 20

Pour son oral, une des élèves que le professeur Normal interroge a choisi de présenter Vernon Subutex, de Virginie Despentes. Elle en parle très bien. Notamment de la narration. Le fait que chaque chapitre soit centré sur un personnage différent, dont certains se contredisent : par exemple, le chapitre centré sur Sylvie, qui raconte le début d’une grande passion fusionnelle avec Subutex, tandis que, dans le chapitre suivant, Vernon raconte le cauchemar qu’il est en train de vivre avec cette femme qui ne lui laisse pas un moment pour respirer et lui fait peur et va le forcer à s’enfuir.

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