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J.WHITE vs BLACK K.

Jeudi 20 juin 19

Jack White retrouve ses Raconteurs après presque dix ans et s’apprête à sortir un nouvel opus, Help us Stranger, aux alentours du 20 juin.

 

Dan Auerbach s’est remis à enregistrer des morceaux pour les Black Keys. Leur album, Let’s rock, sortira aux alentours du 20 juin. 

Cette coïncidence m’amuse. Je crois savoir que Jack White ne peut pas saquer Dan Auerbach qui, de son côté, s’était disputé à mort avec son alter pas tout à fait ego de Patrick Carney. Quant aux fans de Jack White, ils méprisent ceux des Black Keys, qui font semblant de s’en taper.

Sauf moi.

Moi, je me moque allègrement de l’ego surdimensionné de tous ces musiciens qui m’enchantent. Ce qui compte, c’est qu’à la fin de cette période de boulot intense, ils me râpent les oreilles aussi abrasivement les uns que les autres pour me les nettoyer de toutes les conneries institutionnelles que j’ai entendues dans cette fin d’année et de toutes celles mal révisées que je m’apprête encore à entendre.

C’est vraiment chouette d’avoir encore deux oreilles en état de marche : je vais pouvoir en prêter une (la droite) aux essentiels Black Keys, et une autre (la gauche) au groupe du génial Jack White. Le blues rock des frères ennemis se mêlera au centre exact de mon cerveau pour le broyer dans le même creuset régénérateur.

A eux deux, ils parviendront sûrement à le rendre à l’essentiel : l’énergie. Get me back on my feet, I’m gotta go oh oh oh!

Garder mémoire

Rencontre à Charlieu

Petit souvenir d’un moment d’échange sympa, avec Jean-Baptiste Hamelin, le libraire du « Carnet à Spirales » de Charlieu (un beau village de la Loire), et les habitués des rencontres qu’il organise. Et merci à Térèse Raynaud d’avoir permis ce moment!

The wheel (PJ Harvey)

A revolving wheel of metal chairs
Hung on chains, squealing
Four little children flying out
A blind man sings in Arabic

Les chaises métalliques d’un tourniquet
Suspendues à des chaines qui grincent
Quatre petits enfants  qui s’y envolent
Un homme aveugle chante en arabe

Hey little children don’t disappear
(I heard it was 28,000)
Lost upon a revolving wheel
(I heard it was 28,000)

Hé, les enfants, ne disparaissez pas
(J’en ai entendu dire qu’il y en avait 28 000)
Perdus sur le tourniquet
(J’ai entendu dire qu’il y en avait 28 000)

Now you see them, now you don’t
Children vanish behind a vehicle
Now you see them, now you don’t
Faces, limbs, a bouncing skull

Tantôt tu les vois, tantôt tu ne les vois pas
Les enfant disparaissent sous un véhicule
Tantôt tu les vois, tantôt tu ne les vois pas
Visages, membres, un crâne qui rebondit

Hey little children don’t disappear
(I heard it was 28,000)
All that’s left after a year
(I heard it was 28,000)
A faded face, the trace of an ear
(I heard it was 28,000)

Hé, les enfants, ne disparaissez pas
(J’ai entendu dire qu’il y en avait 28000)
Tout ce qui reste après un an
(J’ai entendu dire qu’il y en avait 28000)
Un visage pâli, la trace d’une oreille
(J’ai entendu dire qu’il y en avait 28000)

A tableau of the missing
Tied to the government building
8,000 sun-bleached photographs
Faded with the roses

Un tableau des disparus
Accroché à l’immeuble du gouvernement
8 000 photographies délavées par le soleil
Aussi fanées que les roses

Hey little children don’t disappear
(I heard it was 28,000)
All that’s left after a year
(I heard it was 28,000)
A faded face, the trace of an ear
(I heard it was 28,000)

And watch them fade out
And watch them fade out
And watch them fade out
And watch them fade out
And watch them fade out

Et regardez-les s’effacer
Oui, regardez-les s’effacer!

Cinq ans après le magistral « Let england shake », où elle explorait l’univers de la guerre à partir de quelques images de la première guerre mondiale, le nouvel album de PJ Harvey,  sortira le 15 avril. The Hope Six Demolition Project : drôle de titre. Mais, d’après ce premier extrait, et le titre des autres chansons, j’ai l’impression que la rockeuse anglaise va nous aider à ouvrir grand nos oreilles et nos yeux sur l’Europe d’aujourd’hui…

 

La tour du Souffle

Il parle par images. Il dit qu’il s’agit de monter et descendre jusqu’à construire la tour du Souffle. Dont le centre se situe non derrière les yeux mais vers le diaphragme.

Il dit qu’il faut être le spectateur bienveillant mais distant de ses propres sensations et de ses propres pensées sans en suivre aucune volontairement. Lorsque cela se produit, parce que cela se produit plus souvent qu’il ne faudrait, hé bien, ce n’est pas grave, conseille-t-il dans un sourire malicieux, après cette petite ballade impromptue, tu reviens paisiblement dans la Tour du Souffle.

Mais, si tu parviens à t’y tenir suffisamment longtemps, ajoute-t-il sur un ton un peu plus grave, tu auras quelque chance de rencontrer, dans les hauteurs ou dans les profondeurs de cette Tour, les figures étranges qui l’habitent à ton insu.

Je le regarde stupéfait. Il continue à me sourire, comme s’il parlait normalement, et non pas par images.

La seule pub qui dit vrai

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« Toujours imiter, jamais égaler. » Hi hi, j’adore cette faute d’orthographe ingénue : elle dit l’essence même de la publicité.

 

La chaine de la générosité

Nous parlons d’exemples concrets de solidarité humaine.

Sylvain se met à nous raconter une petite histoire : quand il avait vingt ans et qu’il était étudiant, il a été recueilli pendant presque un an par une amie de sa grand-mère. Alors qu’il ne la connaissait pas, elle lui a prêté une chambre de bonne qu’elle possédait sous les toits. Elle lui permettait de venir se doucher chez elle et, quand il n’avait plus d’argent, elle lui faisait à manger.  Après avoir fini ses études, il n’a jamais pris le temps de venir la remercier, à part peut-être une fois, et encore, même pas sûr. Mais, il y a quelques mois, vingt ans après, il a eu l’occasion de recueillir deux vagues enfants d’amis d’amis, crottés par la pluie et la dèche. Depuis il les héberge et les nourrit, en repensant à la vieille dame. Il ne serait pas étonné que les gamins ne sachent pas le remercier : eux aussi, c’est dans vingt ans qu’ils auront à payer leur dette.

Thomas, qui nous écoute un sourire aux lèvres, intervient dans la conversation : un jour, quand il était jeune et qu’il voyageait, il s’était fait voler son argent, et il n’avait plus un radis pour prendre son billet de train ni pour manger. Alors il a demandé au premier type qui passait dans la gare quelques francs pour téléphoner d’une cabine publique (cette histoire se passait au temps lointain des francs et des cabines téléphoniques). Lorsqu’il s’est rendu compte que l’autre était un prêtre, c’est à dire un type habillé normal mais arborant une mince croix de métal au revers de son veston, il s’est dit qu’il avait de la chance : un religieux ne pourrait sûrement pas lui refuser un peu d’aide. Effectivement : l’homme de Dieu, sans même vraiment écouter son histoire, lui a versé spectaculairement dans la main l’intégralité de ce qu’il avait dans son porte-monnaie. En lui tenant un peu le même discours humaniste que celui de Sylvain : « un jour, toi aussi, mon frère, tu donneras l’intégralité de ton porte-monnaie à celui qui en aura besoin et qui te le demandera. » Depuis trente ans, Thomas se tient prêt, même si personne n’a jamais osé lui demander son porte-monnaie. Il ajoute : « C’est pour ça que j’essaie de ne jamais avoir beaucoup d’argent sur moi, on ne sait jamais. » Il conclut, ravi de nos têtes dépitées  : « Vous vous attendiez à quoi, les mecs? »

 

 

 

 

Demains aujourd’hui

I.Sortie du trou noir pour émerger enfin dans le calme d’un matin d’écriture.

matin d'écriture

 

II.La rencontre des deux innocents et du corbeau idéologue

Dans « Oiseaux petits et grands », Toto et son fils spirituel, Ninetto, sont deux pauvres diables, c’est à dire, aux yeux de Pasolini, les seuls anges qui vaillent. Ils marchent pour aller dieu sait où le long d’une autoroute en construction symbolisant l’Italie moderne. Jusqu’à ce qu’ils entendent un étrange appel. C’est un corbeau qui parle, avec la voix de Pasolini, évidemment, puisque ce corbeau est un intellectuel de gauche. Ce bavard volatile vient du pays d’Idéologie et niche le plus souvent rue Karl Marx. Cela fait bien rigoler les deux pauvres bougres, qui eux habitent depuis toujours le pays de la déveine. Le corbeau va alors leur raconter une étrange histoire pour leur faire comprendre comment, dans les temps de vraie foi, deux malheureux innocents comme eux pouvaient être appelés à la plus noble et à la plus folle des missions. Et aujourd’hui ? Que reste-t-il comme place aux incarnations de l’esprit populaire ?

Je découvre avec stupéfaction le début de ce film, l’autodérision et la fantaisie dont Pasolini, que je croyais sinistre, pouvait être capable. Ce film de 1966 a cinquante ans cette année. Et si c’était cet Uccellacci et Uccellini, plus que Théorème, Salo ou Œdipe Roi qu’il nous laissait en héritage ? Pourrait-on ne serait-ce que rêver un film comme ça aujourd’hui, qui exprimerait sous la forme d’un road movie picaresque nos interrogations intellectuelles les plus profondes ?

III.Même lorsqu’elle me parle d’études scientifiques parues sur les oiseaux, la voix rauque de Jean-Claude Ameisen parvient à m’intéresser. Cette semaine, par exemple, elle m’apprend que les canaris, deux fois par an, voient leur chant s’appauvrir et se déliter les neurones qui l’avaient cristallisé dans leur mémoire. Mais c’est pour que de nouvelles cellules souches leur permettent bientôt d’en répéter un nouveau en vue de la prochaine période des amours. Il faut oublier un peu pour pouvoir réinventer. Oh être un canari, tuitititititui !

IV. « Le temps où l’être humain est comme un papillon qui sort de sa chrysalide religieuse. » Abdenour Bidar, L’islam sans soumission.

V.Mon nouveau projet m’amène à me replonger dans les années 80, et à retrouver quelques pépites, comme ce « Nice’n’sleazy » des Stranglers et la ligne de basse pétante de JJ Burnel, l’irascible dandy qu’admire tant mon petit rocker à lunettes.

VI. Demain

Je tombe par hasard sur la présentation que fait Cyril Dion du documentaire qu’il a tourné avec Mélanie Laurent. Il dit : « J’ai commencé à écrire le film en décembre 2010. A l’époque je me disais qu’annoncer les catastrophes ne suffisait plus. Il fallait proposer une vision de l’avenir. Chacun a besoin de se projeter, un peu comme quand les gens rêvent de leur nouvelle maison et font des plans chez l’architecte. Or, les plans d’architecte de la société de demain n’existaient pas. Ma première intention était de les mettre en images dans un film. Mais j’avais trop d’activités différentes pour sérieusement m’y atteler. En juin 2012, j’ai fait un burn out. Un mois plus tard, j’ai découvert la fameuse étude d’Anthony Barnosky et Elizabeth Hadly. Jamais une étude ne m’avait fait un pareil effet. Mon propre effondrement rencontrait l’effondrement programmé de la société. Je me suis dit qu’il était temps de faire ce qui comptait le plus pour moi et de mettre ce film sur les rails. J’ai démissionné de mon poste chez Colibris et j’ai commencé à y consacrer la plupart de mon temps. »

Deux idées me vont droit au coeur. D’abord évidemment le projet de trouver des solutions, d’essayer de « dessiner les plans d’architecte de la société de demain », parce que je ressens comme beaucoup de l’angoisse et de la colère face à l’aveuglement suicidaire de notre développement. Mais aussi cette coïncidence qu’il note entre la crise personnelle et la crise collective (elle m’intéresse en tant que romancier, parce qu’il me semble qu’elle est à la base de la création d’un personnage romanesque, lorsque son destin personnel est en lien symbolique avec le destin de son époque).

Et même une troisième idée : dans ma vie aussi penser à « demain », passer à autre chose. Peut-être ce documentaire sur notre destin collectif est-il aussi chargé de m’envoyer un signe personnel?

Promis, demain je vais voir « Demain ». Je verrai bien si c’est cucul ou pas.

 

 

 

A Rock Star Bucks A Coffee Shop

Un petit coup de pub gratuit pour Monsanto et Starbucks, de la part de ce cher vieux hippy de Neil Young et de ses nouveaux petits camarades de Promise of the Real.

If you don’t like a rock star bucks a coffee shop
Well you better change your station cause that ain’t all that we got
Yeah, I want a cup of coffee but I don’t want a GMO
I like to start my day off without help of Monsanto
Mon-san-to, let our farmers grow
What they wanna grow

Si tu n’aimes pas qu’une rock star tape sur une chaine de cafés
Il vaut mieux que tu changes de station parce que c’est pas la seule que nous ayons
Je veux bien une tasse de café mais je veux pas d’OGM
J’aime bien commencer ma journée sans l’aide de Monsanto
Mon-san-to laisse nos paysans semer
Ce qu’ils veulent!
From the fields of Nebraska to the banks of the Ohio
Farmers won’t be free to grow what they wanna grow
If corporate control takes over the American farm
With fascist politicians and chemical giants walking arm in arm
Mon-san-to, let our farmers grow
What they wanna grow

Des champs du Nebraska aux berges de l’Ohio
Les paysans ne seront pas libres de semer ce qu’ils veulent
Si la grande industrie prend le contrôle des fermes américaines
Avec des politiciens fascistes et des géants de la chimie marchant bras dessus bras dessous
Mon-san-to laisse nos paysans semer
Ce qu’ils veulent!

When the people of Vermont voted to label food with GMOs
So they could find out what was in what the farmer grows
Monsanto and Starbucks grew the Grocery Manufacturers Alliance
It sued the state of Vermont to overturn the people’s will
Monsanto — and Starbucks — mothers want to know
What they feed their children
Mon-san-to, let our farmers grow
What they wanna grow

Quand le peuple du Vermont a voté un label pour la bouffe OGM
Afin que l’on sache ce qu’il y avait dans ce que semaient les paysans
Monsanto et Starbuck ont semé l’Alliance des Industries de l’Alimentation
Et elle a fait un procès à l’état du Vermont pour rejeter la volonté du peuple
Monsanto -et Starbucks- les mères ont envie de savoir
Ce qu’elles donnent à leurs enfants
Mon-san-to, laisse nos paysans semer
Ce qu’ils veulent!

L’ensemble de l’album, « Monsanto Years », dépote bien. Du bon vieux rock bien électrique, bien carré, bien accrocheur, bien engagé. Sorti tout droit, pour mon plus grand bonheur, des années 70. Dans les ballades, par exemple la belle « Wolf Moon », la voix du Loner a plus que tendance à déraper, mais ce n’est pas grave, ça fait plaisir de voir comme ce septuagénaire est toujours sur la brèche. Et comme la perspective de la grande bagarre à mener contre les marteaux de l’industrie pour défendre la fragile maison commune a l’air d’avoir resserré son énergie. Autre protest song à écouter en boucle en allant aux manifs cet hiver lors de la COP21, la chanson qui donne son titre à l’album : « The Monsanto Years » (j’adore la façon dont, dans toutes ces chansons, il fait sonner avec une ironie lyrique le beau nom honni de Monsanto). Ce qui prouve qu’armé de bons sentiments, on ne fait pas toujours de la mauvaise musique…

(PS : la traduction a été établie avec l’aide de Mlle Manon Murray, que je remercie chaleureusement. Etant donné que, d’après mes souvenirs, elle n’aime que Britney Spears, elle a dû être surprise d’aider son vieux professeur de français à traduire du Neil Young. Comme quoi la pratique des langues mène à tout. Comme quoi aussi, contrairement à ce qu’on dit, les jeunes d’aujourd’hui sont plein de bienveillance envers les papis…)

Fool

Ulysse apprend que miss Shah est née de parents pakistanais et norvégiens, excusez du peu. Mais, à part une rude beauté, il ne sait pas vraiment quelle peut être l’influence de cette double origine particulièrement exotique. Notamment sur sa musique, qui sonne très anglaise, râpeuse, intense, lyrique parfois. La jeune dame viendrait de Whitburn, un patelin du nord-est de l’Angleterre qui a l’air d’avoir surtout produit avant elle une tripotée de footballeurs de Sunderland. Est-ce de l’envie de ne pas se laisser piéger dans ce trou perdu qu’elle parle dans « Ville Morose« ? Ou bien de Londres, comme le dit le premier vers? De la capitale et de ses dandys rocks faussement ténébreux, dont elle se moque aussi dans Fool? A elle, on ne la lui raconte pas. Puisqu’on la compare à PJ Harvey ou à Nick Cave, elle ne supporte pas les imitations. Il lui faut de l’authentique.  Kerouac en personne, revenu d’outre-tombe pour lui raconter ce qu’il a vu sur la route des Enfers, aurait du mal à lui arracher un sourire de commisération. Les petits minets d’aujourd’hui n’ont qu’à bien se tenir s’ils ne veulent pas se faire manger tout cru par miss Tigre. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux, ce sont les doux dingues et les vraies excentriques. Mais où se cachent-ils?

« You fashion words that fools lap up
And call yourself a poet
Tattooed pretense upon your skin
So everyone will know it
And I guessed your favorites one by one
And all to your surprise
From damned Nick Cave to Kerouac
They stood there side by side
You, my sweet, are a fool
You, my sweet, are plain and weak
Go let the other girls
Indulge the crap that you excrete »

 

 

Nadine Shah et le diable de la ville morose

 

Alors que paraît le second album de cette demoiselle Shah, Nadine de son prénom, Ulysse découvre (avec un an de retard) ces deux pépites, deux magnifiques versions de chansons du premier album, « Love your Dum and Mad ». En allant s’endormir après les avoir écoutées en boucle, se demande Ulysse, quel diable, quelle diablesse, dans quelle ville nocturne peut-on rencontrer en rêve? Il sera bien temps, demain, de chercher à en savoir plus sur cette étrange voix