Archives du mot-clé dans les cafés

UNE BELLE COMETE

Vendredi 3 mai 19

La serveuse de ce café de Montrouge entre dans la salle avec une grâce déconcertante et file derrière le comptoir comme une belle comète sombre de trente ans : au bout de plusieurs secondes, il comprend qu’elle se déplace sur des rollers.

Le sourire qu’elle s’adresse à elle-même en briquant son zinc dit qu’elle a déjà beaucoup connu de la vie. Même quand elle tombe, et ça lui arrive, elle se relève. Et ça n’est pas ça qui va l’empêcher de roller sa bosse !

LE TACTICIEN DE COMPTOIR

1er mai 19

Le soir, Bûcheron va regarder Barça-Liverpool dans un pub du 15ième cher à son coeur, qui a changé de nom sans lui demander l’autorisation : il s’appelle désormais « Le Bureau » mais il diffuse toujours les matches sur ses grands écrans.

Bûche s’installe au bar, à côté d’un autre quinquagénaire. Drôle de type : très mince, des yeux cernés de fumeur, il règle d’emblée trois pintes de bière, parce qu’il sait que telle sera sa consommation. Il analyse le match avec la même rigueur et l’on sent qu’il prend plaisir à régaler les autres consommateurs de sa science du football. Bûbûche et lui sont tous les deux impressionnés par l’ambition du jeu de Liverpool, qui est capable de bousculer le Barça mais qui finit par perdre 3-0.

Le tacticien de comptoir annonce avec trente secondes d’avance où le ballon du coup franc de maître Léo va finir sa course : « lucarne ».

« Ce petit Messi, constate avec fair-play l’homme aux yeux cernés, est toujours le plus grand. Pour deux ou trois ans encore. Et ensuite, que fera le Barça sans lui ? ».

Le Bûcheron et l’inconnu se donnent déjà rendez-vous pour la finale Ajax-Barça, où ils soutiendront l’énergie rafraîchissante de l’Ajax mais applaudiront sportivement à la victoire du Barça.  

« BONSOIR, LES GILETS JAUNES »

Mardi 30 avril 19

« Bonsoir, les gilets jaunes ! »

Une bonne vingtaine de motos de la police passe le long du parc Montsouris : ils sont deux sur chaque moto, un numéro dans le dos. Ils se préparent sûrement pour la manif du 1er mai. Ce défilé interrompu de motards rappelle de mauvais souvenirs des années 80.

Dans le café entrent trois ouvriers en bleu de travail vert, sur lequel ils portent un gilet jaune. Le serveur, qui a l’air de les connaître, les apostrophe : « Bonsoir, les gilets jaunes ! ». L’un des trois, un Arabe jovial, lui répond sur le même ton : « Pourquoi bonsoir ? Il fait encore jour, il n’est que six heures. Pourquoi vous ne faites pas comme les Musulmans ? Bonsoir, c’est quand le soleil se couche, pas avant ! »

Ils se mettent tous à examiner les raisons de cette confusion dans l’emploi du mot « bonsoir ».  Le changement d’heure, l’éclairage électrique, tout ce qui fait qu’on ne s’intéresse plus au soleil qui se couche et qu’on ne sait plus exactement quand le soir commence. Puis le serveur conclut : « Vous feriez mieux d’aller vous cacher avec vos gilets jaunes !

-Mais quels gilets jaunes ? On bosse nous !

-Oui, oui, mais les flics viennent de passer. Il y avait au moins cinquante motos. Ils vous cherchent de partout pour vous taper dessus. Ils ont besoin de s’entraîner pour demain. Faites pas les cons, soyez prudents ! »