Archives du mot-clé Citoyen Lambda

NOEL 2019

Mardi 24 décembre 19

Dans cette église d’une petite ville bourgeoise, la foule des grands soirs déborde même sur le parvis. Le citoyen Lambda, passant sur le trottoir, se demande s’il y avait autant de monde l’année dernière.

Trois troufions « Vigie Pirate » armés d’une mitraillette déambulent sur le trottoir. Triste monde, se dit Lambda, celui où il faut protéger les temples les soirs de célébration.

Une rombière en retard prend le temps de leur glisser à voix haute en passant : « Merci, messieurs, pour tout ce que vous faites !». Elle a l’air très satisfaite de son importance.

Les cloches se mettent à sonner.

Lambda rentre chez lui, en se demandant ce qui est le plus significatif de la France d’aujourd’hui dans cette petite scène ordinaire : la foule débordant de l’église, les militaires ou la remarque de la rombière?

LE PERE NOEL MIGRANT

Samedi 21 décembre 19

Au cinéma, pendant les pubs, le citoyen Lambda ferme les yeux. « Pour ne pas voir ça » et s’amuser à deviner le produit (parfum, voitures, vacances, mutuelles) rien qu’à la musique et aux stéréotypes des dialogues.

Là une nième pub avec le Père Noël. Mais celle-ci le présente comme étranger sans papier qui passe les frontières et qu’il faut savoir accueillir. « A force de regarder ce qui nous sépare, on oublie de voir tout ce qui nous rassemble». Lambda ouvre les yeux : c’est une pub pour Coca-Cola !

Il a l’impression d’être plongé dans le dernier épisode de Mad Men. Il ne peut qu’être admiratif devant le Don Draper qui a frappé ce slogan mais, en refermant les yeux, il se demande si cette minute de bonne conscience suffira à faire de la marque incarnant depuis toujours la mondialisation yankee un parangon d’altermondialisme.

A moins qu’il ne s’agisse seulement de faire rager les rageux (ceux qui boivent du Calva plutôt que du Coca) et parler les autres ?

"DANS LA RUE AUJOURDHUI…

… pour ne pas être à la rue demain. »

Et puis « Pas de planète, pas de retraite ». Et le plus rigolo :

Sur le recto, le gilet jaune a écrit : « Sans nous, tout s’écroule ». Un visage tendu de statue républicaine, à la Rude.

Evidemment, en ce jeudi 5 décembre 19, sur la place de la République, à Paris, le lot habituel de slogans et de trouvailles linguistiques. Mais, quand même, c’est une manif bizarre.

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SABORDAGE

Dimanche 13 octobre 19

Le professeur Normal est un fan des Liégeois du Collectif Mensuel, qu’il a découvert il y a deux ans, déjà au Théâtre 71 : il avait adoré « Blockbuster », qui s’amusait à détourner des séquences cultes de blockbuster pour raconter une insurrection urbaine et pour faire dire à ces images hollywoodiennes exactement le contraire de la vision dominante qui les avait produites : non pas l’acceptation du monde tel qu’il est mais la révolte. Et dans un mode de production exactement inverse : jouissif de voir le cinéma à grands moyens détourné par le théâtre de bricolage.

Ils vont encore plus loin avec Sabordage : traitant ce qui est à leurs yeux le « seul thème qui vaille actuellement » : la catastrophe. Et les moyens d’y survivre.

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LA CONFUSION DES LUTTES

Samedi 21 septembre 19

Le Citoyen Lambda n’a pas pu participer à la marche pour le climat : il avait, nous dit-il, « un rendez-vous urgent avec lui-même » (au terme d’une rapide enquête, nous découvrons que c’est ainsi qu’il appelle faire une sieste).

Il avait demandé de le représenter à sa fille, Graine-de-moutarde, et à ses trois amies, en leur recommandant d’être prudentes, car il avait lu que 7500 policiers seraient lâchés dans les rues.

Des participants à la marche pour le climat à Paris, le 21 septembre 2019
Photo Zakaria ABDELKAFI. AFP
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OPERATION ZERO DECHET

Samedi 07 septembre 19

Ce matin, le citoyen Lambda va au marché avec sa femme et sa fille : dans leur cabas, ils ont fourré des sacs en tissu réutilisables, ils rapportent les sacs en papier et en plastique de la semaine dernière. La plupart des marchands acceptent volontiers de les prendre et leur disent même qu’ils sont prêts à tarer des boîtes en plastique (preuve que d’autres clients depuis quelques mois font de même).

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L’ILLUSION DE L’ECOLOGIE CENTRISTE?

Vendredi 14 juin 19

Cette impertinente de Léa Robinson me signale la chronique de Piketty parue la semaine dernière dans « Le Monde » : « Vu son titre, elle t’intéressera. Et surtout, n’oublie pas de la faire lire à ton copain Lambda ! »

J’ai vu Lambda hier devant un spritz (lui en reste à la vieille bière, parce qu’il n’aime pas les bobos, ni leurs apéritifs).

Il avait lu la chronique le jour de sa parution parce qu’à la différence de moi, il s’intéresse sérieusement à la politique : « Je ne te cache pas que c’est un article qui me fait réfléchir. D’ailleurs, Piketty n’est pas le seul. Plusieurs autres personnalités que j’estime sont en train d’exprimer la même position.

Par exemple, j’ai écouté François Ruffin sur France Inter il y a quelques jours : il a parlé de la nécessité pour l’écologie de marcher sur ses deux jambes, la jambe verte de la lutte contre le dérèglement climatique mais aussi la jambe rouge de la lutte pour plus de justice sociale. Ruffin a dit aussi : il faut consommer moins et redistribuer mieux. Chacune de ses formules m’est allée droit au cœur, à tel point que j’ai failli arrêter ma voiture le long de l’A86 pour pouvoir pleurer à mon aise. »

Je connais bien Lambda : quand il se laisse aller au sarcasme, c’est qu’il est sincèrement troublé.

Il a continué : « Je suis aussi entièrement d’accord avec l’analyse féroce que fait Piketty du macronisme, comme émanation de « la droite libérale et pro-business ». Idéologiquement, ces gens-là ne sont rien. Du vent. Les écolos ne doivent donc évidemment pas se laisser attirer par les promesses d’un acte II du quinquennat plus vert et plus social : ce n’est que du pipeau, et Edouard Philippe n’est d’ailleurs pas un flûtiste assez habile dans les ornementations vertes pour arriver à charmer son auditoire. Sincèrement, je ne crois pas que les écolos soient tentés de s’allier avec les libéraux.

 « Donc idéologiquement je partage tout à fait l’analyse de Piketty : il faut être à la fois écologiste et redistributeur.

Le problème, c’est que s’allier avec la gauche, ce n’est pas que s’allier avec les principes de la gauche. C’est aussi s’allier avec les partis de la gauche. Et c’est là que les emmerdements commencent.

Tu ne trouves pas que Piketty, dans sa chronique, est presque aussi sévère avec les petites chapelles de la gauche française qu’avec la grande cathédrale vide du macronisme ? Des chapelles de plus en plus minuscules et de plus en plus rageusement accrochées à leur grand prêtre et à leur dogme respectifs ? Ras le bol de tout ça ! Les Insoumis n’ont-ils pas été décevants depuis deux ans ? Quant aux sociaux-démocrates, qu’on appelait autrefois les socialistes, qu’ont-ils fait d’autre, quand ils étaient au pouvoir, et ils l’ont été pendant longtemps, que du libéralisme ?

Moi qui me dis de gauche, je peux comprendre que les écolos ne soient pas très motivés à l’idée de passer les années suivantes empêtrés dans ce que Piketty appelle « le combat de coqs ». A lire la deuxième partie de sa chronique, tu n’as pas l’impression qu’il aurait pu la titrer : « la nécessité de l’écologie centriste » ?  

Bref, on pourrait discuter encore longtemps. Le problème, c’est qu’il y a urgence. Pour moi, l’écologie est fondamentalement de gauche, elle ne doit surtout pas l’oublier, mais elle doit aussi maintenant se donner les moyens d’arriver au pouvoir, pour commencer à transformer la société (ce qui ne pourra se faire en démocratie que par étapes). Alors les partis de gauche doivent accepter de se ranger modestement (tu imagines, Mélenchon modeste ?) derrière la bannière écologiste et les écolos doivent chercher aussi à gagner la bataille du centre.

Union sacrée et changement de modèle.

A ta santé !

Tiens, tu pourras recommander à ton amie Léa de lire « Tout doit changer », les réflexions de David Cormand à la suite de l’élection européenne, qui sont presque aussi intéressantes que celles de Thomas Piketty… »