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LE PAYS LOINTAIN (UN ARRANGEMENT)

Mercredi 26 février 20

https://www.theatredunord.fr photo de Simon Gosselin

Christophe Rauck a monté ce spectacle avec la 5ième promotion de l’Ecole de Lille. Elle est composée de quatorze comédiens mais aussi de deux auteurs : ils ont suivi un cursus parallèle mais se sont retrouvés sur des projets écrits par les uns et joués par les autres. Ce devait être une chance incroyable, aussi bien pour les auteurs que pour les comédiens. Si j’avais vingt ans, je sais où j’irais.

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SABORDAGE

Dimanche 13 octobre 19

Le professeur Normal est un fan des Liégeois du Collectif Mensuel, qu’il a découvert il y a deux ans, déjà au Théâtre 71 : il avait adoré « Blockbuster », qui s’amusait à détourner des séquences cultes de blockbuster pour raconter une insurrection urbaine et pour faire dire à ces images hollywoodiennes exactement le contraire de la vision dominante qui les avait produites : non pas l’acceptation du monde tel qu’il est mais la révolte. Et dans un mode de production exactement inverse : jouissif de voir le cinéma à grands moyens détourné par le théâtre de bricolage.

Ils vont encore plus loin avec Sabordage : traitant ce qui est à leurs yeux le « seul thème qui vaille actuellement » : la catastrophe. Et les moyens d’y survivre.

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Amour et psychE

Ebloui par la beauté visuelle de ce spectacle.

Pour raconter l’histoire d’Amour et Psyché, Porras mêle Apulée à des extraits de la comédie-ballet de Molière. Le récit de l’auteur latin est proche encore des contes de la littérature orale : on y trouve Vénus en marâtre et des épreuves initiatiques imposées à la jeune femme. C’est une occasion pour Porras de plonger dans un archaïsme parodique (en contrepoint de ce qu’il avait voulu faire il a déjà de nombreuses années avec Les Bacchantes d’Euripide, le spectacle où personnellement je l’ai découvert le créateur du Teatro Malandro). Quant aux scènes rimées de Molière, elles montrent les deux sœurs jalouses, jouées ici par des travestis délirants, et un Amour en Louis XIV à perruque dans un Versailles enchanté. Il y a de jolies choses : notamment, lorsque Psyché découvre l’amour sans comprendre tout à fait ce qu’elle éprouve, on croirait entendre Agnès au début de l’Ecole des femmes. Mais enfin, ce n’est pas le texte le plus profond de Molière. Porras a raison de s’en amuser, et d’en faire un prétexte pour jouer avec les codes d’un classicisme de pacotille. Ah oui, une touche (légère) de modernité : à la fin, lorsque Psyché se réveille de la mort et retrouve Amour, celui-ci n’est plus qu’un homme d’aujourd’hui, déplumé et fragile. Va-t-elle l’accepter, sans son apparat ? Elle ne s’interroge qu’un instant.

Qu’est-ce que ce mythe peut nous dire aujourd’hui sur le désir, sur le tabou, sur la réalité du sexe, sur la transgression, sur la frustration, sur la perte et le travail du deuil ?

Pas tout à fait sûr que Porras réponde à la question. Ni même qu’il ait envie d’y répondre. Ce qui l’intéresse peut-être, c’est simplement (mais ça fait déjà tout un théâtre) de mettre cette histoire en images. De faire jouer ses comédiens à jouer ces textes classiques.  Faire d’un mythe une féérie jubilatoire.

Quand Porras s’amuse, c’est drôle et c’est beau. Il manque peut-être la cruauté de L’Eveil du printemps ou la férocité sarcastique de La Vieille Dame, mais ça suffit largement à combler le spectateur le plus rétif.