LA CONFUSION DES LUTTES

Samedi 21 septembre 19

Le Citoyen Lambda n’a pas pu participer à la marche pour le climat : il avait, nous dit-il, « un rendez-vous urgent avec lui-même » (au terme d’une rapide enquête, nous découvrons que c’est ainsi qu’il appelle faire une sieste).

Il avait demandé de le représenter à sa fille, Graine-de-moutarde, et à ses trois amies, en leur recommandant d’être prudentes, car il avait lu que 7500 policiers seraient lâchés dans les rues.

Des participants à la marche pour le climat à Paris, le 21 septembre 2019
Photo Zakaria ABDELKAFI. AFP
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I AM EUROPE

Vendredi 20 septembre 19

Dans le petit bar des Ateliers Berthier, on sert aux bobos comme Ulysse des sandwiches végétariens. Il s’est arrêté quelques instants pour boire une bière bio locale pas très goûteuse, et pour réfléchir au spectacle de Falk Richter auquel il vient d’assister. Il se demande : « Je l’ai aimé, ou pas ? Difficile à dire… ». Pour pouvoir répondre, il lui faudrait traverser le léger brouillard d’ennui qui s’est déposé à l’intérieur même de ce théâtre.

Debout à ses côtés, un couple de jeunes Scandinaves, estampillés tous les deux « blondeur et ouverture d’esprit authentiques », attendent quelqu’un avec une impatience palpable, qui fait presque sourire Ulysse, ou qui lui fait envie. Qui a la chance d’être attendu ainsi ?

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DEUX MOI

Samedi 14 septembre 19

Alex et Sarah, sans se concerter, ne se sont pas revus de la semaine. Ils se sont approchés si près, en passant la journée entière de dimanche dernier dans les bras l’un de l’autre, qu’Alex a décidé de prendre un peu de recul. Ne serait-ce que pour prolonger un peu les premiers temps de l’amour, dont il sait par expérience qu’ils sont délicieux mais éphémères. Et du côté de Sarah ? Il ne sait pas. Il espère la même chose. Peut-être est-ce bien de la laisser cogiter dans son coin ?

Il a quand même appelé le samedi en début d’après-midi pour lui proposer d’aller le soir voir le Desplechin. Il ne détesterait pas s’embarquer dans une histoire d’amour exclusivement cinéphilique, où ils ne se verraient qu’une fois par semaine et se raconteraient leurs vies à travers des films.

Elle a dit oui. Qu’elle était libre, pour le Desplechin. Peut-être une légère ombre d’hésitation ? Lui en parler ?

En tout cas, elle tient à se faire pardonner son écart de la semaine précédente : elle est apprêtée jusqu’au bout des cils et pile poil à l’heure. Encore une fois, il oublie de le lui dire. C’est lui qui arrive vingt-cinq minutes en retard, dérouté par des travaux.

Elle bondit sur l’occasion : « Ce n’est pas grave, viens, on a juste le temps de foncer à Montparnasse voir le dernier Klapisch. ». Elle ajoute : « La prochaine fois, tu prendras le RER ? Tu sais courir ? ».

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