Vendredi 28 août 26
Le Citoyen Lambda découvre un peu tard (le jour de sa mort) certains aspects réjouissants de la personnalité du roi de Norvège, en consultant la délicieuse Encyclopédie de poche des Têtes couronnées d’Europe et d’ailleurs (qu’il a trouvée par hasard il y a trois ans chez un bouquiniste du parc Brassens et qui mériterait bien d’être numérisée).
Par exemple, jeune homme, Harald s’opposa à son père, Olav V, qui voulait lui interdire d’épouser la petite Sonja Haraldsen parce qu’elle avait le tort d’être roturière. Au bout de neuf ans de résistance, il finit au printemps 1968 par lancer à la tête du roi son père un ultimatum aussi sonore qu’un pavé sur le casque d’un CRS parisien : « J’emmènerai à l’autel ma bourgeoise ou personne ! Et personne, papa, ça veut dire pas de Haakon VIII pour me succéder ! ». Olav, qui avait trop envie d’un rejeton princier pour prolonger la dynastie, finit par accepter. En tant que Français, Lambda ne peut qu’approuver un jeune homme capable de faire passer l’amour avant tout autre considération, notamment nobiliaire.
Encore plus fort, non seulement Harald fit céder son père mais il soutint son fils (le petit Haakon devenu grand) lorsque celui-ci se mit en tête d’épouser, non pas une grande bourgeoise roturière mais une simple serveuse de bar, déjà mère célibataire. Etre fidèle à l’égalité pour défendre ses amours, c’est bien, mais pour défendre ceux des autres, c’est encore mieux. Il est vrai que la belle en question devint par la suite une amie proche de Jeffrey Epstein et son fils un gredin du même acabit que son géniteur mais Harald n’y était pour rien. Si l’on constate souvent que les anciennes victimes ne se montrent pas dignes de ceux qui les ont défendus, cette regrettable vérité humaine ne concerne évidemment pas que les ex-serveuses de bar et leur progéniture hors-mariage.
En juillet 2011, le roi Harald pleura simplement lors de la messe en l’honneur des jeunes progressistes assassinés sur l’île d’Utoya par l’identitaire Breivik et peut-être à ce moment-là n’y avait-il rien de mieux à faire. Mais cinq ans plus tard, lors de la fête célébrant les vingt-cinq ans de son règne, il lui répondit comme il convenait, avec beaucoup d’humanisme et pas mal d’humour : « Les Norvégiens viennent du Nord, du Sud, du Centre et d’autres régions. Les Norvégiens, ce sont aussi les immigrés venant d’Afghanistan, du Pakistan, de Pologne, de Suède, de Somalie ou de Syrie. Ce n’est pas facile de savoir d’où l’on vient ni de quelle nationalité l’on est. Notre maison est là où est notre coeur et il ne peut pas toujours se situer à l’intérieur des frontières d’un pays. Les Norvégiens, ce sont des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons et des filles et des garçons qui s’aiment. Les Norvégiens croient en Dieu, en Allah, au Tout-Puissant et en rien. ». Qui aujourd’hui dans le monde pourrait prononcer parole plus simple et plus royale ? On croirait presque entendre un chef indien. En tout cas, ces mots sonnent aussi fort en 2026 que dix ans plus tôt.
Défenseur de l’environnement, Harald fut l’un des fondateurs de la branche locale de WWF qu’il dirigea jusqu’à son accession au trône.
Enfin (et surtout?), alors que ce sportif avait participé à trois jeux olympiques dans l’équipe nationale de voile et été champion du monde, il eut la sagesse de renoncer à la compétition dès 2022, à peine âgé de quatre-vingts cinq ans.
Évidemment tout le monde dans son entourage ne se montra pas aussi robustement sain que ce digne descendant des Vikings. Mais le citoyen Lambda s’incline avec sympathie devant la dépouille de ce roi et lui adresse son plus respectueux salut républicain.