Je suis Paris

Assister hier soir à « Ca ira (1) fin de Louis », le spectacle de Pommerat qui nous plonge en plein milieu de l’invention chaotique de la démocratie, tandis que dans les travées commençait à circuler le bruit confus que des fusillades avaient lieu dans les rues de Paris, écouter médusés ces personnages en train d’essayer de penser au milieu de bruits d’explosion nous renvoyant tous à ce qui se passait peut-être au même moment dans la réalité, cela prenait un sens très particulier.

Et aujourd’hui, après avoir coloré de bleu-blanc-rouge ma photo de profil et écrit « Je suis Paris », tenter de m’arracher à la sidération télévisuelle, au chagrin et à la rage, qui entasse dans ma tête les amalgames les plus stupides, tenter, malgré tout, malgré les morts, en pensant à eux, de réfléchir un petit moment sur ce puissant, cet exigeant, cet intelligent, cet essentiel spectacle, ce sera ma petite manière à moi d’échapper à la bêtise crasse.

Ce n’est pas facile

J’ai envie de pleurer, je n’ai pas envie de réfléchir

Mais si je veux vraiment être Paris

Hé bien, il faut que je continue à aller dans les salles de spectacle et à discuter

A boire des coups à la terrasse des cafés

A regarder les filles qui ne portent pas un voile mais une jupe quand ça leur chante

A m’efforcer d’être en guerre

En guerre ouverte contre la connerie sombre qui a noyé le cerveau de ces analphabètes portant  le deuil de l’intelligence

Mais qui menace toujours un peu aussi les nôtres

De sa souillure indélébile de goudron

Allez, mon pote, tu ne pries pas, tu réfléchis

Allez, mon pote, tu pleures et tu réfléchis

Allez, mon pote, tu es Paris

Une réflexion sur « Je suis Paris »

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