GASPARD GLANZ ET LE JEUNE CHIEN FOU

Lundi 22 avril 19

Strasbourg, les quais bucoliques de l’Iil, juste en face du siège d’Arte : un jeune chien  se jette à l’eau avec volupté pour aller chercher le morceau de bois que lui jette son maître. Mais il faut que l’objet lui paraisse assez gros et surtout qu’il soit bien lancé. Il fait sourire tous les passants par la fantaisie qu’il met à décevoir ou récompenser son maître et le plaisir rafraichissant qu’il retire de cet exercice ludique de son libre arbitre.

Pendant ce temps, à Paris, le journaliste indépendant Gaspard Glanz fête ses trente-deux ans dans une garde à vue prolongée. Il va être poursuivi pour « outrage sur personnes dépositaires de l’autorité publique » et peut-être pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations ».

Quel est exactement « l’outrage » qu’on lui reproche ? Avoir fait un doigt d’honneur à un policier qui le bousculait ou bien être un spécialiste des manifestations sociales et documenter d’un peu trop près l’action de la police dans le conflit des gilets jaunes ? Et la « dégradation » ? Ne serait-ce pas celle de l’image du pouvoir macronien, en ayant contribué à faire éclater l’affaire Benalla ?

Ces derniers temps, on a parfois la désagréable impression que la police et le pouvoir cherchent à régler leurs comptes avec les jeunes chiens fous qui se jettent à l’eau pour aller chercher dans la rivière de l’actualité sociale les bouts de bois qui leur plaisent, et non ceux qu’on leur désigne.