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GAUDE FELIX PADUA

Samedi 15 juin 19

En flânant sur Qobuzz, je tombe sur ce gracieux « Tota pulchra es » (inspiré, à ce que je comprends, par le Cantique des Cantiques).

Son auteur, Johannes de Lymburgia, vivait au tout début du XVième siècle, entre 1380 et 1430. Il venait du Limbourg, une province de l’actuelle Belgique, a été maître de chant d’une église de Liège mais s’est retrouvé quelques années plus tard en Italie, à Padoue (comme Guillaume Dufay, qui lui aussi venait de la France du nord). Pourquoi ? Etait-il comme d’autres Liégeois amoureux de la liberté et supportant mal le pouvoir autoritaire des ducs de Bourgogne, qu’il a fui jusque sous le soleil de l’Italie où se consacrer en paix à sa quête de la beauté du chant ? Ou bien se foutait-il totalement de la politique et était-il seulement assez connu pour que les riches prélats de l’Italie du Nord l’attirent dans leurs choeurs ?

Etait-il prêtre ? Ou laïc ? Un fidèle fervent de la vierge Marie, à laquelle il a consacré plusieurs  motets, ou un artiste ne trouvant dans son culte que l’occasion de faire sublimement dialoguer les voix masculines et les voix féminines ?  Qu’y avait-il dans l’esprit et le coeur de cet homme placé entre le Moyen-Age et la Renaissance?

Je lis qu’un manuscrit comportant nombre de ses partitions se trouvait dans une bibliothèque de Bologne. Mais que l’encre, abîmée par les essais de restauration des siècles passés, en était devenu si difficilement lisible qu’il a fallu utiliser les connaissances les plus pointues des musicologues et les techniques les plus modernes de l’informatique pour parvenir à le lire de nouveau. Tout à la fin de la chaîne, le multi-instumentiste Baptiste Romain et son ensemble, Miroir de Musique, en proposent aujourd’hui un enregistrement inspiré. J’aime cette alliance entre la science et l’art pour nous faire entendre dans sa pureté ce chant né il y a sept siècles.

Qu’est-ce que c’est beau !

Je regrette de n’avoir pas assez de connaissances pour apprécier l’originalité de ce musicien qui reste mystérieux. Il me touche simplement par son évidence. Par ces harmonies entre les voix de femmes et les voix d’hommes et le dépouillement presque grêle des instruments qui les accompagnent.

On n’a conservé que la musique religieuse de Jean de Limbourg. Si je devine une foi encore médiévale dans le Kyrie, il me semble discerner (je peux me tromper, je n’y connais rien) une élégance déjà presque profane dans le Salve Virgo Regia.