LA MEDIANE (SI POSSIBLE)

Mercredi 15 mai 19

Mon ami, le professeur Norman Normal, est arrivé furieux à notre rendez-vous du Jardin. Il venait de passer cette belle après-midi ensoleillée dans les embouteillages de la région parisienne, convoqué à l’autre bout du département pour faire passer une épreuve facultative du bac.

Mais ce qui l’a le plus exaspéré, c’est qu’après avoir examiné les candidats, on lui a demandé de remplir un formulaire, sur lequel il devait indiquer non seulement sa moyenne mais encore sa note la plus haute, la plus basse et même « la médiane (si possible) ».

Je suis quoi, moi, me demande-t-il d’une voix tonnante, professeur de lettres ou de statistiques ? Elles servent à quoi, ces dizaines de milliers de grilles qui sont remplies chaque année, sinon à transformer le réel en courbes rassurantes d’adéquation à ce qu’on veut bien lui faire dire ?

Puis il évoque une rencontre récente avec un collègue danois, qui lui a déclaré avec un sourire d’ironie compatissante : « Nous passons moins de temps que vous à évaluer, alors nous avons plus pour enseigner. ». Je crois me souvenir qu’on trouve une réflexion du même tonneau à propos de la Finlande dans Demain, le documentaire euphorisant de Cyril Dion et Mélanie Laurent.

Mais évidemment, continue Normal, tu te doutes de ce qu’auraient rétorqué les crânes d’œufs du Grand Rectorat de la Statistique Universelle à ce foutu Danois : « Pas très sérieux tout ça ! Quand on passe tout son temps à enseigner, il ne vous en reste plus assez pour calculer la-médiane-si-possible ! »