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LE JEUNE JOHANN ET L’ART DES GOTHS (II)

Mercredi 24 avril 19

Ce qui est amusant, c’est que, dans cet effort de compréhension, je découvre que le jeune Johann se plante complètement : dans von deutscher Baukunst, en bon précurseur du romantisme, il fait d’un monument inspiré par les recherches techniques de l’Ile de France et construit sur plusieurs siècles une idée tout droit sortie de la tête d’un génie unique, Erwin von Steinbach (dont on pense aujourd’hui qu’il n’a été le maître d’œuvre que d’une partie de l’édifice).

De plus, ce goût pour le gothique, il le reniera dans sa maturité, lorsqu’il se sera éloigné de Strasbourg et rapproché de l’Italie.

Pas grave : ces erreurs et ces errements me rendent ce jeune Allemand encore plus sympathique. Une pensée au travail.

LE JEUNE JOHANN ET L’ART DES GOTHS (I)

Mardi 23 avril 19

Dans le musée historique, je suis frappé par l’histoire de ce jeune Allemand venu étudier le droit à Strasbourg à la fin du XVIIIe.

Le jour de son arrivée, ce jeune esthète imbu des préjugés de son époque, qui encense l’art grec et méprise celui du Moyen-Age (l’art gothique, c’est l’art des Goths, des barbares), ne se précipite à la cathédrale que pour y trouver une occasion de ricaner.

Or, il est stupéfait par son harmonie inattendue. A tel point que, malgré son vertige, il se force à grimper jusque sur la plate-forme, comme s’il voulait découvrir le monde avec les yeux de la cathédrale. Il ressent très fortement cette beauté ancienne qu’il découvre mais il ne la comprend pas, tant elle est complexe, multiple, éclatée, vertigineuse, si différente de l’unité de l’art antique. Alors il revient de nombreuses fois se planter devant la façade du monument, pour saisir la place de chacun des milliers de détail dans l’ensemble.

Cet étudiant de 21 ans s’appelle Goethe et c’est lui qui va rendre aux Européens de sa génération la beauté de l’art gothique.

J’admire l’attitude de ce jeune homme : être capable de se débarrasser des préjugés de son époque pour se laisser investir par une beauté inconnue, celle du passé, comme ici, ou celle d’une culture radicalement différente. Faire table rase, afin de ressentir avec force cette esthétique autre, puis faire l’effort de la comprendre, de la saisir dans sa totalité. Enfin écrire sur elle pour transmettre aux autres ce qu’on a perçu.

Merci, jeune Johann.