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Le premier article

Quelques jours après le compte-rendu sur le blog de la librairie Mille Pages est paru le premier article de presse sur La première femme nue, dans le Journal Du Dimanche du 17 mai, sous la plume de Laëtitia Favro. Là aussi, je l’attendais avec une grande impatience et une naïveté indéniable, à la fois pour la visibilité du roman et pour moi, comme une marque de reconnaissance officielle.

Christophe Bouquerel et l’aventure de Phryné

Christophe Bouquerel raconte l’aventure de Phryné, la plus belle femme de Grèce, dans un roman foisonnant.

Dans les bas-fonds du Pirée sommeille une jeune beauté à la peau d’ambre, aussi farouche que désirable, vendue comme prostituée après le sac de son village et vouée à satisfaire les désirs des hommes de passage. La providence voudra que son chemin croise celui de Praxitèle, alors jeune sculpteur en mal d’inspiration, qui scellera, en la possédant puis en la choisissant pour muse, la destinée hors du commun de la plus célèbre des hétaïres. « C’est bien ainsi que commence la rencontre du sculpteur hanté et de la pute mutique : par un fragment de visage offert au soleil. Par deux éclats différents de solitude. Par une toute petite étincelle de sens entre deux pierres dures avant le grand incendie. »

Une fresque qui défie les lois de la narration

Du bordel insalubre aux banquets raffinés où elle séduit les amants les plus influents, de l’atelier de Praxitèle à l’Aréopage, où, accusée de pervertir la jeunesse athénienne, l’orateur Hypéride la sauve en déchirant sa tunique, Phryné attise les passions par sa beauté envoûtante mais aussi par ses caprices prométhéens. Elle part ainsi à la conquête de son indépendance en défiant la morale et l’autorité des hommes, à une époque où la place des femmes dans la société ne différait guère de celle des esclaves ou des animaux.

Helléniste de formation, Christophe Bouquerel fait le pari de la somme et du phrasé classique pour ériger cette fresque impressionnante, véritable défi aux lois de la narration. Conscient que le parcours de la divine hétaïre ne saurait être dissocié du contexte dans lequel il s’inscrit, l’auteur dresse le portrait de la société grecque du IVe siècle avant J.-C. alors en plein questionnement, parcourue de luttes intestines et de velléités hégémoniques. Poétique, délicate, sachant puiser dans la légende ce qu’il faut de souffle romanesque pour captiver le lecteur, la langue vient adoucir la cruauté du sort de Phryné et rendre intelligible, palpable, un monde souvent relégué à de lointains souvenirs de cours d’histoire (même si la crise de la société grecque de cette époque n’est pas sans rappeler les attaques que connaissent nos démocraties contemporaines, en quête de renouveau). À l’origine de chefs-d’œuvre de marbre et de pigments, cette figure mythique qui n’en a pas fini de fasciner peut désormais s’enorgueillir de toucher au cœur par la plume.

Laëtitia Favro – Le Journal du Dimanche

dimanche 17 mai 2015