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LA MALADIE DE PATERSON

Errant dans le métro de la foule ordinaire

Le vrai poète sait où se situe sa quête

Il ne doit pas regarder avec les yeux de l’esthète

Qui découpe dans le réel de ses ciseaux à bouts pointus

Le détour glamour des rares

A être admis au panthéon papier glacé

De la Beauté avec un grand B.

Non, au contraire, le poète doit accepter tous les autres

En demandant simplement à chacun

Toi

Où se niche

Ce fragment de beauté

Que tu portes parfois si bien cachée que toi-même tu l’ignores

Je voudrais pouvoir le trouver

Pour te le donner

En te le disant .

Ce tout de la beauté

Est parfois presque rien

 Un b minuscule et plein de petites lettres éparpillées

Il faut les saisir une à une dans le tamis

Puis les sertir

En un bref bijou de mots

En voici deux pour aujourd’hui

Là-bas, sur le quai en face, la ligne pure d’un front blanc

Entre les cheveux filasses et les yeux charbonneux

D’une pouffette lasse

Ici, dans mon wagon, la fugace embellie d’un sourire de reconnaissance

Devant le geste qui s’efface

Pour vous laisser traverser la nasse

Des corps comprimés par l’abrutissement

Mais voilà, ce presque rien suffit souvent

A la métamorphose de l’ennoblissement

Ce regard de collecteur indulgent

Se posant la seule question qui vaille et glanant

Des épis de réponse auprès de ses contemporains

C’est ma propre part de beauté

Celle de l’anonyme écrivain

Qui n’est poète que par instants

Une ou deux minutes par jour à peine

Quand tout va bien

Quand il ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas .

Oh, mon incurable maladie de Paterson

Qu’elle métastase jusqu’à me ravager

Me retourner l’esprit comme un vieux gant

Sur de la peau plus neuve

Et plus sensible !

MIRACULEUX PATERSON

Mercredi 15 mai 19

En attendant The Dead Don’t Die, dont l’affiche a l’air d »être tellement parodique que je me demande bien ce que Jarmush a fabriqué, j’ai revu Paterson.

Quel délice, quel miracle!

Ce film, plus je le revois, plus je l’aime.

Passionnant sur la création artistique (notamment les scènes où notre chauffeur de bus écrit un poème à partir d’une boîte d’allumettes)

Et celle où il rencontre avec une petite fille poète qui écrit sur la pluie : « Water falls »

Un film sur le couple

Sur la routine et les façons d’enchanter le quotidien

Sur les dons du hasard (par exemple la rencontre improbable avec un Japonais-coincé-mais-poète, qui lui donnera exactement ce dont il a besoin sans même qu’il ait eu à le demander).

Et Golshifteh Farahani est d’une beauté, d’un charme et d’une fantaisie, à… rester bouche bée, sans plus savoir quoi dire (même les poètes).

Il y a manifestement sur la Toile des aficionados qui aiment ce film décalé autant que moi et qui proposent plein de moyens de l’approfondir (cf les vidéos plus haut).

J’aime bien, par exemple, cette interview de Jarmush et Ron Padgett, qui a écrit les poèmes du personnage : l’un a une gueule d’artiste, l’autre pas, mais ils sont tous les deux sur la même longueur d’onde essentielle lorsqu’ils s’expriment sur la poésie du quotidien.