L'ATTENTION DIVISEE

Mercredi 20 novembre 19

Dans la voiture, le comédien dit au professeur que, ce qui le frappe le plus, c’est le manque d’écoute de ces ados.

Quand il est arrivé, le professeur était en train de parler, et de quelque chose qui les intéressait, mais …

plusieurs parlaient entre eux en même temps! Ce n’avait même pas l’air d’être irrespectueux mais normal. « Vous les profs, vous subissez. Vous êtes habitués. Vous ne remarquez même plus. Heureusement, d’ailleurs, sinon vous péteriez les plombs. »

Il fait prendre conscience au professeur Normal qu’effectivement ce manque d’écoute ne le frappe même plus. Pourtant il passe son temps à demander aux élèves de se taire, mais plus d’être attentifs à 100%. Ce n’est pas la même chose.

S’ils n’ont plus l’habitude d’être attentifs à 100%, n’est-ce pas parce que, dans leur vie, ils sont sans arrêt en train de faire plusieurs choses en même temps? Alors ils ont l’impression d’en être tout à fait capables. Se concentrer sur une chose tout en suivant une autre chose. Ecouter quelqu’un, tout en discutant avec quelqu’un d’autre, en jetant un coup d’œil à la dérobée à leur smartphone, pour être branché sur une troisième conversation. En étant à la fois ici et ailleurs. Avec ces gens-là et en même temps avec d’autres.

L’attention divisée : l’une des caractéristiques du monde moderne, dont ils sont les purs produits. Pourtant, si l’on se concentre à 100% sur un discours, lorsqu’il est un peu difficile, on a des chances raisonnables de capter, quoi, 80% des infos ? Il y a toujours une déperdition. Alors, si mon attention est divisée, concentrée seulement à 50%, je vais pouvoir capter au mieux 40% des infos. De tout ce qu’on leur dit, ces ados ne se donnent d’emblée la chance que de capter 40% au plus. Et ils seront connectés en même temps à d’autres discours parallèles, dont ils ne capteront au mieux que 40%. « Mais est-ce que ce n’est pas plus excitant, proteste toute leur attitude, de capter ne serait-ce que 25% de cinq discours simultanés plutôt que 100% d’un seul discours ? Est-ce qu’à la fin, on n’a pas communiqué plus intensément ? »

Et ce n’est pas réservé aux adultes : même entre eux, quand ils passent sur le plateau, ils ne se font le cadeau que d’un peu d’attention divisée.

« Et moi, qui suis comédien, reprend Denis, et qui accorde de l’importance à l’écoute, parce que le théâtre, ce n’est pas avant tout de la parole, mais avant tout de l’écoute, ça me frappe. Ca me désole. Je crois que je ne pourrais pas supporter. Ou alors je m’habituerais comme toi à n’être jamais écouté qu’à moitié ? »