LA REPETITION GENERALE?

Jeudi 2 juillet 20

Qu’avons-nous vécu exactement  depuis le mois de mars ? Un simple accident de parcours ou une répétition générale ?

Nous avons tous été stupéfaits, n’est-ce pas, par la façon dont nos sociétés hyper-technologiques ont pu se retrouver paralysées par un minuscule organisme naturel ?

Nous avons été marqués par la façon dont un virus a pu se répandre dans notre monde globalisée en quelques semaines, dessinant la carte la plus précise des déséquilibres mondiaux à l’oeuvre dans ce début du XXIe siècle. La Chine produit dans ses usines sous franchise les principaux objets industriels qui nous permettent de mener notre vie de privilégiés inconséquent et elle produit dans ses marchés d’animaux sauvages ou dans ses laboratoires P4 les virus qui viennent l’interrompre. Avec une infinie générosité, la Chine dispense au monde les virus et les masques et elle entend bien désormais que celui-ci lui en sache gré.

Nous avons été surpris par la façon dont l’Europe (et les Etats-Unis) ont géré cette crise plus mal que l’Asie.

Nous avons été indignés par la façon dont les gouvernements d’obédiance libérale, qui ont mis à mal les services publics depuis vingt ans, et notamment les hôpitaux, ont laissé nos société affronter ce choc en étant mal préparées et n’ont été capables, ni de l’anticiper, ni de le gérer correctement.

Peut-être avons-nous eu de la chance que le Covid19 n’ait pas été un virus plus mutant et plus mortel, sinon que se serait-il passé exactement, dans l’état d’inconscience et d’impréparation où nous nous trouvions ?

Cette crise nous a prouvés à quel point nous étions vulnérables, à quel point nous nous étions détournés des vraies priorités. Nous voyons bien que ceux des dirigeants mondiaux qui ont cherché à nier cette vérité amère ont plongé (et plongent encore) leurs pays respectifs dans un chaos encore plus grand.

Et si cette crise était le premier des trois coups avant le lever de rideau sur la grande catastrophe ?

Ne devrions-nous pas surtout méditer la façon dont nous n’avons pas pris en compte les signaux d’alerte ?

Ce qui me frappe, a posteriori, c’est que nous étions au courant mais que nous n’y avons pas vraiment prêté attention. Nous savions ce qui se passait en Chine (mais c’était trop loin) ou en Italie (c’était trop près?). Quelques semaines avant le confinement j’ai voyagé à Rome et je me souviens d’avoir été frappé par le décalage dans le traitement du coronavirus entre la télé française et la télé italienne. Je m’étais dit stupidement que les Italiens en faisaient trop, dans une dérive à la Berlusconi, alors qu’ils avaient seulement quinze jours d’avance sur nous. Ces quinze jours d’avance, nous n’en avons rien fait, ni moi, qui me voudrais pourtant un intellectuel lucide, ni les autres Français. Les Italiens étaient nos plus proches voisins mais nous ne les avons pas écoutés. Nous avons négligé les signaux d’alerte qu’ils nous envoyaient. Il n’est plus temps de réagir quand la catastrophe est là : il faut se préparer avant. Il faut changer avant. Je n’ai pas envie d’oublier mon propre aveuglement, ni celui de mes concitoyens, ni celui de notre gouvernement.

Maintenant qu’au début de cet été 2020 la crise s’éloigne de l’Europe (avant peut-être son retour à l’automne), que nous apprêtons-nous à faire exactement? A relancer l’économie ? Comme avant ? Comme si rien ne s’était passé ? Comme si ce n’était pas un avertissement ? Comme si nous pouvions recommencer à vivre notre petite vie d’hyperconnectés sourds aux premiers craquements de la grande catastrophe écologique qui s’annonce, que nous entendons mais que nous n’écoutons pas ? Que va-t-il se passer si nous négligeons ces signaux d’alerte là ? Après la paralysie temporaire que nous venons d’expérimenter, pouvons-nous encore penser qu’il sera temps de réagir quand la catastrophe sera vraiment là ?

Nous avions quinze jours d’avance face au Covid 19 ; face à la crise climatique, nous avons combien : moins de quinze ans, n’est-ce pas ? Ce n’est pas plus, c’est moins, face à l’ampleur de la tâche.

Quand on rate la répétition générale, et quand on ne tire pas les enseignements de cet échec, ne risque-t-on pas de foirer beaucoup plus radicalement la vraie représentation ?