QUELQU’UN DEVRAIT INTERDIRE LES DIMANCHES APRES-MIDI


Lundi 7 septembre 26


Ulysse chope presque à la dernière minute avant qu’elle ne disparaisse de la plate-forme Arte une série sortie en mars (à un moment où il avait autre chose à faire sûrement) : Quelqu’un devrait interdire les dimanches après-midi. Il la recommande à ses amis et il est tout heureux que Sarah et Thomas, Norman et Adèle la bingent in extremis car il y a plein de raisons de tomber sous son charme.

D’abord celui des trois personnages, un peu adulescents mais touchants par leur refus du compromis. Tout particulièrement le personnage de Louise, « grosse » fille rousse provinciale venue de Limoges pour suivre un atelier de scénario, qui s’estime laide et gauche mais aime le cinéma avec une telle intégrité et ses amis avec une telle délicatesse qu’elle est tout à fait aimable. Elle veut écrire le scénario d’un film qui n’aura aucun succès, préfère le charme des sixties (celui de Françoise Hardy et Nick Drake) à la vulgarité de son époque (notamment les « créateurs de contenu » et leurs milliers de « followers »).

Les deux autres personnages sont attachants eux aussi : Charlie l’écorchée vive qui cache sa blessure sous des piquants de hérisson, qui a du mal à aimer et des relations si difficiles avec sa mère (mais à la fin on comprendra pourquoi) et puis Nelson, le métis brésilien à l’âme de samouraï, qui veut atteindre à la maîtrise parfaite dans l’art du sushi (sous la conduite d’un cuisinier japonais aussi drôlatique qu’un maître zen) mais se laisse déborder par son amour pour une femme (celle évidemment qui lui est, plus que toutes, interdite). Charlie ne peut vivre que dans le désordre, Nelson aspire à l’ordre : et pourtant ces deux-là sont intensément amis.

Ulysse aurait souhaité que ces personnages de jeunes décalés eussent été inventés par une réalisatrice de vingt ans, et non par la sexagénaire Isabel Coixet, mais la réalisatrice catalane y a mis tellement de ses propres souvenirs de jeunesse dans le Paris des années 1980 qu’ils paraissent encore crédibles dans celui des années 2020. D’ailleurs, le professeur Normal rassure Ulyse sur la jeunesse actuelle et son refus des conventions : par exemple, lui, en vingt-huit ans de carrière, il peut dire qu’il a rencontré au moins sept élèves qui aimaient les livres et les films avec la même ardeur que ces trois-là. Un amateur d’absolu tous les quatre ans à peu près, pas de quoi désespérer !

Ensuite l’interprétation très juste. Trois jeunes comédiens, Liv Henneguier (Louise), Clara Bretheau (Charlie), Théo Christine (Nelson), dont Ulysse espère voir bientôt de nouveau le nom à l’affiche. Et puis l’apport de Jeanne Balibar et Tim Robbins dans les personnages d’adulte.

Le regard poétique jeté sur Paris en hiver.

L’élégance de la réalisation. Des effets affirmés (incrustations, dialogues face caméra, citations) mais mis au service du propos : Ulysse a bien envie de mater la précédente série d’Isabel Coixet, Foodie Love, ou ses films (dont il croit bien ne connaître aucun), pour voir s’il s’agit d’un style (en plus, Trois adieux, son nouveau film, un drame, sort sur les écrans français en ce début d’automne).

Et la mélancolie de ces Dimanches après-midi. La grâce qui se dégage de l’ensemble, la profondeur que lui donne le dernier épisode.

Ce n’est pas un feel good movie, dit Ulysse à ses amis, c’est une série qui fait du bien. Ils sont d’accord.