Tous les articles par christophe bouquerel

Ecrivain, professeur, je m'intéresse au théâtre, au cinéma, au sport, à la politique, à la poésie,au sel et au poivre de la vie, à son miel aussi.

La Première Femme Nue et la poudre de Lescampette

Je ne sais pas si c’est un nom propre ou un jeu de mot, mais j’adore le nom de cette librairie de Pau, Lescampette, d’une charmante et bondissante fantaisie. Je l’aime d’autant plus, évidemment, qu’on y a bien aimé (et pour de bonnes raisons) ma Première femme nue 😉

« Avec ses 1200 pages, c’est le pavé de l’été ! Et c’est un roman d’amour superbe qui nous emmène dans l’âge d’or de la Grèce antique, sur les pas du sculpteur Praxitèles et de sa maîtresse, amie et modèle Phryné, qui fut la prostituée la plus belle, la plus scandaleuse et la plus riche d’Athènes. Outre le propos passionnant sur l’art antique et le génie de Praxitèles et la sensualité torride du roman, on est surtout charmé par la personnalité de Phryné, d’une étonnante modernité (et qui peut parfois rappeler Grisélidis Réal) : une prostituée libre, militante, assumant sa sexualité et jouant de son pouvoir sur les hommes. »9782330050863_1_75

 

http://www.lescampette.org/livres/la-premiere-femme-nue/

Currency of man

Découverte de voix féminines puissantes. Après celle de Nadine Shah, celle de Mélody Gardot. D’une rauque élégance mais traversée parfois, comme ici, par des inflexions un peu rageuses à la Janis Joplin. Les chansons de l’album « Currency of man » sont d’une belle diversité.  Jazzy très souvent, mais aussi soul (comme sur ce « Same to you » et sur « Don’t talk »).

Ou presque blues. « Preacherman », chanson magnifique et clip inspiré que tu pourras voir ici.

Et puis il y a ce « Burying my troubles » qui ferme l’album, ou plutôt qui l’ouvre, et qui transporte mon Ulysse dans des abîmes de mélancolie alcoolisée. Tu pourras l’écouter (à 1:16)

 

La Première Femme Nue se dévoile sur France Culture

Le Temps des Écrivains

Emission Le Temps des écrivainsle samedi de 17h à 18h Durée moyenne : 58 minutes

La Beauté

13.06.2015 – 17:00

Christophe Bouquerel, Jean-Pierre Manganaro et Vincent Delecroix sont  les invités de Christophe Ono Dit Biot.

Christophe Bouquerel, La première femme nue, Actes Sud
Jean-Pierre Manganaro, Liz T., P.O.L.
Vincent Delecroix, Poussin – une journée en Arcadie, Flammarion

Leurs choix musicaux :
Christophe Bouquerel : »Araksi artassouken », « Songs from a world apart », Lévon Minassian et Armand Amar
Jean-Pierre Manganaro : »The Last Time I saw Paris », Jérôme Kern
Vincent Delecroix : »Are you the one I’ve been waiting  for », Nick Cave

Invité(s) :
Christophe Bouquerel, écrivain
Jean-Paul Manganaro, écrivain
Vincent Delecroix, écrivain et philosophe

Thème(s) : Littérature| Essai| Littérature Contemporaine| Littérature Française| Roman

 

 

 

La Première Femme Nue au Maroc

Compte-rendu dans « Aujourd’hui Maroc ». Najib Abdelhak, je trouve qu’il a sacrément bien lu le roman! J’ai été épaté par la liberté de ton, surtout dans ce contexte où un autre magazine du Maroc proposait, dans une réaction effrayante de bêtise aux provocations des Femen, de « brûler les homos ». Cette qualité de réflexion, cela m’a fait plaisir pour mon roman, mais cela m’a permis aussi d’avoir une autre image, plus moderne et plus fraternelle, du Maroc. Alors doublement merci à Najib!

Sexe, philosophie et féminisme dans la Grèce antique

Livre, «La première femme nue» de Christophe Bouquerel
Aujourdhui.ma | 2-06-2015 11:32:20
Par Najib Abdelhak

Christophe Bouquerel

C’est un roman puissant, vous êtes avertis. Il est aussi long et fourni. Une bonne lecture estivale pour passer de nombreuses heures au soleil, un livre entre les mains. Mais ce n’est pas n’importe quel roman. C’est l’histoire de Phrynê, qui déjà à seize ans avait la beauté du diable.  C’est là que le jeune Praxitélês pose pour la première fois les yeux sur elle. Nous sommes déjà devant deux figures de l’histoire antique.

Praxitélês n’est certes pas encore le plus grand artiste de son temps. Phrynê, de son côté, est encore loin de devenir l’hétaïre la plus scandaleuse d’Athènes. Mais le destin s’écrit déjà en filigrane. On devine ce qui se passera, avec de nombreuses situations incroyables, faisant de ce texte une fresque à la fois historique et humaine de grande facture. Bref, ni l’un ni l’autre ne devine encore qu’il suffira d’une idée, d’un geste pour déshabiller la belle et voilà les portes de la gloire et de la postérité ouvertes pour l’éternité. Et ce premier regard partagé entre une beauté divine et un artiste fou vont donner corps à l’une des histoires les plus fortes de l’antiquité.

Mais la force de ce roman est dans cette manière de donner dans la profusion des situations et des personnages. On passe d’un lieu à l’autre, toujours avec cette cohorte de figures. Et tout défile alors: banquets riches  et débridés, étreintes physiques dans la chaleur de l’atelier du sculpteur, guerres ensanglantée et cadavres jonchant le sol, voyages incertains jusqu’aux confins de l’Orient, naissance de la philosophie grecque  avec tout son poids sur la cité, les codes sociaux, la morale et le scepticisme, c’est un ouvrage dense où l’Histoire flirte avec les anecdotes les plus simples dans une feria de langage et de situations humaines.

Christophe Bouquerel écrit ici un roman d’une rare profondeur. Il s’inspire d’un personnage dont la légende a traversé les siècles pour tracer la trajectoire hors du commun d’une femme de chair et de passions et ayant une volonté d’affirmer qui elle est dans un monde régi par les hommes. Une femme qui a ouvert la voie à l’histoire de toutes les femmes qui veulent se prendre en main, inspirer des artistes, amorcer des changements et jouir de la beauté de la vie et du monde. «La première Femme nue» est une fresque historique d’une rare beauté. C’est aussi un roman d’initiation avec une héroïne subversive, qui fait fi des codes et de l’ordre établi et vole de ses propres ailes quitte à se les brûler.

http://www.aujourdhui.ma/lifestyle/livre/sexe-philosophie-et-feminisme-dans-la-grece-antique–118761#.VW8_1aYWLDk

Trois souvenirs de ma jeunesse

C’est un film bizarrement construit : trois souvenirs d’un même personnage, Paul Dédalus, de très inégale longueur, et dont on se demande quel est le lien. Le thème et le genre qui sont proposés par les premières minutes, l’usurpation d’identité et le film d’espionnage, ne sont pas véritablement traités. Mais chacun de ces souvenirs a happé Ulysse par son intensité et sa poésie sombre. Notamment le premier : un jeune garçon sur le palier d’un escalier de maison bourgeoise, un couteau à la main, qui tente de protéger sa soeur et son frère, en empêchant de les rejoindre à l’étage une jeune femme séduisante et maléfique, dont on finit par comprendre qu’elle est leur propre mère! Scène courte et saisissante. Le deuxième souvenir est la façon dont le jeune Paul, devenu lycéen, lors d’un voyage scolaire en URSS dans les années 80, aide des refuzniks juifs en leur donnant son propre passeport. Le troisième souvenir, qui finit par envahir les trois quarts du film, est l’histoire d’amour de Paul, âgé de 19 ans, et d’Esther, une lycéenne de 16 ans, qui pourrait n’être que banale et qu’il trouve magique. On dirait du Truffaut, à cause de la voix off. Quelques longueurs, peut-être, mais les deux acteurs sont d’une fraîcheur et d’une impudeur assez stupéfiantes. Et puis Ulysse trouvé les dialogues très bien écrits (ce dont on ne se rend pas forcément compte dans la bande annonce).

Plusieurs jours après, il repense à ce film étrange. Il se demande ce qui lie ces trois souvenirs. La difficulté d’être un « protecteur », d’assumer un rôle dans la vie des autres : pour sauver ceux qui te touchent, tu dois prendre le risque de te perdre toi-même?

« La première femme nue » dans les coups de coeur d’Historia

La Première Femme nue de Christophe Bouquerel
(Actes Sud, 1200 p, 28 €)
Un roman impressionnant pas seulement par son poids. Phrynè, exerçant ses charmes à Athènes au IVe siècle, était le modèle
préféré de Praxitèle. Grâce au récit de sa vie dont elle ne nous cache aucun des secrets, c’est toute l’histoire de la Grèce qui nous
est contée dans une somme fascinante de culture et de lyrisme.

Joëlle Chevé

Historia, juin 2015

La Première Femme Nue vue par les Belges

Un deuxième article sur « La première femme nue », publié dans « La Libre Belgique » du 18 mai 2015 :

Roman
La première femme nue

On la connaît, certes, par “Phryné devant l’Aréopage”, le mythique tableau peint en 1861 par Jean Léon Gérôme, conservé au musée des BeauxArts de Hambourg.Mais qui était Phryné? Une adolescente “à la beauté du diable” qui deviendra “l’hétaïre la plus scandaleuse d’Athènes”: ainsi, du moins, rayonne ou flambe-t-elle dans le roman initiatique fleuve que lui consacre Christophe Bouquerel, helléniste de formation et professeur de lettres dans un lycée de la région parisienne.

Un monologue étourdissant, écrit dans une langue ciselée, d’un lyrisme à la Hortense Dufour, à l’Irène Frain, à la Véronique Bergen. On y suit le chemin parcouru par celle qui se dit d’une “beauté parfaite” et qu’immortalisera le plus grand artiste de son temps, Praxitèle, qui, avec elle pour modèle dont il deviendra l’amant, créa “le premier type de femme nue dans la sculpture grecque”. Ainsi que le rappelle l’auteur, Phryné a vraiment existé, au IVe siècle av. J.C.: “Aujourd’hui que l’on se détourne de la culture antique, cette femme légendaire est un peu tombée dans l’oubli. Tant mieux peut-être. Elle peut en ressortir, débarrassée des rêveries usées qu’ont plaquées sur elle le générations d’hommes qui nous ont précédés, neuve et nue, comme Aphrodite sortant des eaux.”

Un roman féministe, kaléidoscopique, violent et voluptueux, qui, pour son magistral auteur, “raconte autant le perpétuel apprentissage d’une héroïne subversive par instinct de survie que l’aventure d’un monde qui vacille et se réinvente”. Saisissant portrait d’une femme “fougueusement engagée dans la tentative de conduire sa propre histoire, qui défie constamment la société et les hommes sans jamais renoncer à l’affirmation de son identité”.

(Fr.M.)
Christophe Bouquerel, Actes Sud, 1200pp., env. 27€

 

Le premier article

Quelques jours après le compte-rendu sur le blog de la librairie Mille Pages est paru le premier article de presse sur La première femme nue, dans le Journal Du Dimanche du 17 mai, sous la plume de Laëtitia Favro. Là aussi, je l’attendais avec une grande impatience et une naïveté indéniable, à la fois pour la visibilité du roman et pour moi, comme une marque de reconnaissance officielle.

Christophe Bouquerel et l’aventure de Phryné

Christophe Bouquerel raconte l’aventure de Phryné, la plus belle femme de Grèce, dans un roman foisonnant.

Dans les bas-fonds du Pirée sommeille une jeune beauté à la peau d’ambre, aussi farouche que désirable, vendue comme prostituée après le sac de son village et vouée à satisfaire les désirs des hommes de passage. La providence voudra que son chemin croise celui de Praxitèle, alors jeune sculpteur en mal d’inspiration, qui scellera, en la possédant puis en la choisissant pour muse, la destinée hors du commun de la plus célèbre des hétaïres. « C’est bien ainsi que commence la rencontre du sculpteur hanté et de la pute mutique : par un fragment de visage offert au soleil. Par deux éclats différents de solitude. Par une toute petite étincelle de sens entre deux pierres dures avant le grand incendie. »

Une fresque qui défie les lois de la narration

Du bordel insalubre aux banquets raffinés où elle séduit les amants les plus influents, de l’atelier de Praxitèle à l’Aréopage, où, accusée de pervertir la jeunesse athénienne, l’orateur Hypéride la sauve en déchirant sa tunique, Phryné attise les passions par sa beauté envoûtante mais aussi par ses caprices prométhéens. Elle part ainsi à la conquête de son indépendance en défiant la morale et l’autorité des hommes, à une époque où la place des femmes dans la société ne différait guère de celle des esclaves ou des animaux.

Helléniste de formation, Christophe Bouquerel fait le pari de la somme et du phrasé classique pour ériger cette fresque impressionnante, véritable défi aux lois de la narration. Conscient que le parcours de la divine hétaïre ne saurait être dissocié du contexte dans lequel il s’inscrit, l’auteur dresse le portrait de la société grecque du IVe siècle avant J.-C. alors en plein questionnement, parcourue de luttes intestines et de velléités hégémoniques. Poétique, délicate, sachant puiser dans la légende ce qu’il faut de souffle romanesque pour captiver le lecteur, la langue vient adoucir la cruauté du sort de Phryné et rendre intelligible, palpable, un monde souvent relégué à de lointains souvenirs de cours d’histoire (même si la crise de la société grecque de cette époque n’est pas sans rappeler les attaques que connaissent nos démocraties contemporaines, en quête de renouveau). À l’origine de chefs-d’œuvre de marbre et de pigments, cette figure mythique qui n’en a pas fini de fasciner peut désormais s’enorgueillir de toucher au cœur par la plume.

Laëtitia Favro – Le Journal du Dimanche

dimanche 17 mai 2015

Un hussard de la République (ou le roi des cons, c’est selon)

Voilà ce qu’est, selon son propre aveu, le professeur Normal. Il va se déclarer gréviste, et, en même temps, aller au lycée pour faire passer des oraux blancs à ses petits hellénistes avant le vrai bac de demain. Etant donné qu’il s’est souvent moqué des collègues qui agissaient ainsi, « à la japonaise », il m’a demandé de ne pas ébruiter ce secret honteux.

Sur la place du latin et du grec dans la réformette

« Pourquoi, me demande le professeur Normal, est-ce sur le latin, et, dans une moindre mesure sur l’histoire, que se cristallise la controverse actuelle? A mon sens, malheureusement, elle oblitère le problème fondamental du collège, qui est la définition uniquement généraliste du collège unique. Mais cette brusque prise de bec du pays à propos du latin m’intrigue, et m’amuse presque (tant je suis surpris de constater que je ne suis pas l’un des derniers dinosaures à considérer cet enseignement comme important). Peut-être cette controverse un peu absurde nous révèle-t-elle quelque chose de profond sur nous-mêmes?  Le latin, l’histoire, c’est le passé, notre rapport au passé, la conscience que nous avons de notre origine, et la place que nous voulons lui accorder dans notre présent. Cette origine, doit-elle être le fait de tout le monde, être dispensé à tout le monde, ou bien seulement à une élite, à qui nous confierions le soin d’en perpétuer le souvenir? De même que, en temps normal, nous étions très peu à lire « Charlie Hebdo » et nous laissions dans la quasi indifférence cette poignée de dessinateurs vieillis maintenir un peu vivante la tradition de l’humour anticlérical. Mais si on les attaque, nous descendons par millions dans la rue. Question de société, peut-être même de civilisation, encore accentuée depuis ces attentats et ce retour sur nous-mêmes qu’ils nous ont obligés à accomplir. Bref, cette controverse pose, sans doute maladroitement, le problème de la tradition (dans un pays qui croyait malin de l’opposer à la novation). Tout ça, c’est ce en quoi la dispute sur le maintien du latin ne concerne pas seulement le latin.

Si on recentre sur l’école, et sur la place des langues anciennes dans l’enseignement du collège, qu’est-ce qu’on peut dire de pragmatique? Les mesures qu’on peut lire sur Eduscol sont plutôt mesurées mais on ne peut comprendre notre méfiance que parce que le discours officiel a beaucoup évolué. Au début, dans la brillante stratégie de com du ministère, on ne parlait plus du latin et du grec que dans le cadre des EPI et des huit thèmes parmi lesquels chaque établissement aurait à choisir. Ce qui posait évidemment le risque d’une disparition totale de ces enseignements dans certains établissements, où les lettres classiques ne seraient pas assez bien représentés.  C’est seulement devant la pression des associations de profs, des « pseudo-intellectuels » et de la droite qu’on a vu ressortir la possibilité des options. D’après ce que j’ai compris, c’était seulement un « oubli » ou une « erreur de communication » (je rigole).

Donc, nous avons maintenant ce texte plus équilibré sur Eduscol. Qu’est-ce qu’on nous y dit précisément du latin et du grec? Ils seront enseignés dans trois dispositifs. Premièrement, pour tous, en cours de français : « Les éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française feront l’objet d’un enseignement dans le cadre des cours de français ». Pourquoi pas? Ce sera une vague teinture mais elle ne peut pas faire de mal. Encore faudrait-il que les profs soient formés (et il y a de moins en moins de lettres classiques). Deuxièmement, à titre facultatif, dans les EPI : « tous les élèves pourront profiter d’un EPI portant sur les langues et cultures de l’antiquité, une ou plusieurs fois au cours de leur scolarité, et, ainsi, accéder à des apports culturels essentiels à notre civilisation. » Tu ne trouves quand même pas un peu étrange cette antithèse entre « pourront » et  essentiels« . Si on les considère vraiment comme « essentiels », n’aurait-il pas fallu écrire « devront » à la place de « pourront »? Troisièmement, à titre encore plus facultatif,  un enseignement de complément sera accessible à ceux qui souhaitent approfondir l’apprentissage des langues anciennes, à raison d’une heure en classe de 5e, de deux heures en classe de 4e et en classe de 3e. Donc, l’enseignement véritable de la langue et de la culture grecque ou latine sera comme aujourd’hui réservé à une élite. Je note en passant que le principe de ne pas diminuer le volume horaire n’est pas respecté, puisqu’on passe de trois heures à deux heures. Si l’on affirme « Ces derniers auront donc le même nombre d’heures d’enseignement que les élèves qui suivent aujourd’hui l’option de langues anciennes », c’est, j’imagine, en ajoutant aux options qui perdent une heure, les deux autres dispositifs (dont on a vu qu’ils étaient eux « facultatifs »). Voilà le tour de passe-passe et je pense qu’il sera opéré de même dans les autres disciplines. »

« Mais tout ça, à la rigueur, ça peut passer. Non moi , explose soudain Normal, ce qui m’agace vraiment, c’est de lire la phrase suivante : « L’excellence sera ainsi mise au service de la réussite de tous et de la réduction des inégalités de maîtrise de la langue française. » Ah non, ça, sûrement pas! Cette réformette ne réduira en rien « les inégalités de maîtrise de la langue française », c’est une imposture. Si l’on voulait vraiment réduire les « inégalités de maîtrise de la langue française  » (qui sont réelles et qui, à mon sens, s’aggravent), on ferait deux choses : d’abord (là évidemment, c’est le point de vue d’un lettres classiques), on développerait pour tous l’enseignement du latin et du grec, parce qu’il donne des bases solides, aussi bien en ce qui concerne le vocabulaire que la syntaxe. Mais surtout, on évaluerait la façon dont on enseigne le français, pour voir si elle est aussi efficace qu’elle pourrait l’être. Une vraie réforme ne devrait-elle pas commencer par l’évaluation des pratiques mises en place depuis vingt ans? Mais ça, qui est l’essentiel, ce n’est pas prévu. Pas question. De même qu’il y a fort à parier que les nouveaux dispositifs EPI, comme l’AP et les EE en lycée, ne seront jamais vraiment évalués… »

« La dernière chose qui m’agace, reprend Normal, c’est la façon dont la ministre a cherché à vendre la réforme : « au collège, les élèves s’ennuient« . Et alors? Ce thème de l’ennui dans notre société mériterait sûrement d’être creusé. Qu’est-ce que cache cette peur panique de l’ennui, cette incapacité à lui donner le moindre sens? En tout cas, appliqué à l’enseignement, il sonne comme une injonction vaguement démagogique faite aux profs de « divertir » les élèves, d’être plus « attrayants », bref d’aligner l’école sur cette industrie frénétique du loisir qu’est en train de devenir l’ensemble de notre vie en société. Comme si le véritable problème tenait à la façon qu’ont les profs de faire passer la pilule amère du savoir, et non à l’incapacité qu’éprouve la France d’aujourd’hui à définir pour ses jeunes le contenu, l’utilité et les exigences de ce savoir.

Voilà, a-t-il conclu, c’est pour ça que j’irais manifester mardi : pour la réforme du collège, contre la réformette. »

-Mais, lui ai-je objecté, tu vas manifester avec la droite!

-Et alors, m’a-t-il rétorqué. N’est-ce pas ce que tu as déjà fait comme moi au mois de janvier pour la liberté d’expression ? Pourquoi ne pas le refaire au mois de mai pour la défense de l’éducation et de nos matières? Tant pis pour la gauche. Si tant est que ces gens-là, d’ailleurs, on puisse les dire de gauche. «