Archives pour la catégorie Le train en marche

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Entre les actes

Photo : Laurencine Lot

Ulysse a découvert il y a quelques jours avec une amie « Entre les actes », le dernier roman de Virginia Woolf, écrit en 1941, peu de temps avant son suicide, dans l’adaptation théâtrale que Lisa Wurmser a eu l’excellente idée d’écrire et de mettre en scène (et qui se donne actuellement au « Vingtième Théâtre »). C’est étrange de découvrir un roman au théâtre, surtout quand il concerne le théâtre.

L’intrigue se situe un après-midi de l’été 1939. Dans le jardin des Oliver doit avoir lieu la représentation d’une pièce de théâtre par des paysans (Ulysse apprend qu’elle est inspirée du Pageant, un genre populaire en Angleterre, mêlant des scènes et des intermèdes chantés pour retracer de manière plus ou moins naïve des épisodes de l’histoire du pays). A intervalles réguliers, un avion passe au dessus de la propriété rappelant aux villageois et aux bourgeois assemblés la menace de la guerre qui approche.

Le premier enjeu de cette adaptation d’un roman sur le théâtre, c’est bien sûr la mise en scène de ce « Pageant », qui permet à Virginia Woolf d’évoquer de manière parodique les fondements de la culture anglaise, depuis les pèlerins de Canterbury jusqu’à l’Empire victorien, en passant par l’époque élisabéthaine et les comédies libertines. On peut imaginer qu’en 1941, Woolf règle ses comptes avec le chauvinisme ambiant. Mais la mise en scène de Lisa Wurmser tire ces passages de « théâtre dans le théâtre » moins vers la dénonciation du nationalisme que vers le jeu avec tous les codes du théâtre comique. C’est un peu comme si on assistait à une variation moderne sur « Le songe d’une nuit d’été » (des paysans représentant devant des nobles une pièce naïve, qui, néanmoins, leur parle d’eux et dont le burlesque permet à Shakespeare  une réflexion sur le théâtre). C’est vif, farcesque, enlevé, chanté, les comédiens (dont Flore Lefebvre des Noettes, Nicolas Struve ou Gérald Chatelain) s’en donnent à coeur joie dans la fantaisie débridée. L’élégance des décors et des costumes ajoutent au plaisir.

 

Ulysse  a eu plus du mal avec le deuxième enjeu fort de l’adaptation : l’entrecroisement des monologues intérieurs des spectateurs assistant à cette représentation farcesque, notamment Isa Oliver (sorte de porte-parole de Virginia Woolf), et son mari, Giles, (qui s’apprête à oublier son angoisse de la guerre en la trompant avec une visiteuse de passage, aussi futile que sa femme est grave). Les deux comédiens ont eu plus du mal à entrainer Ulysse dans leurs tourments intérieurs (alors que Woolf semble introduire un rapport très intéressant entre la catastrophe sentimentale qui guette la femme et la catastrophe nationale qui panique l’homme, c’est à dire entre l’intime et le collectif).  Il faut reconnaître que leur partition est délicate. Comment exprimer l’intériorité au théâtre? Question redoutable. Cet entrecroisement de monologues, cette narration polyphonique donne une incroyable profondeur et, en même temps, une extrême fluidité aux romans de Woolf, notamment « Mrs Dalloway » (qu’Ulysse a relu l’année dernière et qui l’a bouleversé, la romancière lui ayant fait ressentir la radicale solitude de ces consciences mais aussi les moments fulgurants où chacune s’approche de l’autre jusqu’à presque, enfin, établir le contact). Ce procédé est, dans les romans, à la fois moderne et poignant mais il fonctionne plus difficilement au théâtre. Dispositif répétitif de ces comédiens qui se tournent vers nous pour monologuer, pendant que leurs partenaires sont censés garder l’immobilité absolue (il a d’ailleurs semblé à Ulysse qu’ils avaient du mal à le faire, ce qui est peut-être simplement un signe que l’effet est difficilement « tenable », surtout avec l’enchaînement des représentations). N’aurait-il pas fallu faire évoluer l’idée pour tenter de retrouver la souplesse du procédé romanesque (ce qui est beau chez Woolf, c’est que les personnages ne sont jamais seuls dans leur solitude, ils sont toujours tournés de manière intense vers le monde, auquel ils tiennent de toute leur sensibilité exacerbée, les hommes comme les femmes, et ils ne situent jamais exactement à la même distance intérieure l’un de l’autre)?

Ces réserves faites, on passe un très agréable et très intéressant moment de théâtre. Ulysse est particulièrement redevable à Lisa Wurmser et à son équipe, en ces temps de conservatisme frileux,de lui avoir rappelé la mélancolique et caustique audace de la romancière anglaise. Toujours aussi moderne, de plus en plus nécessaire.

Nadine Shah et le diable de la ville morose

 

Alors que paraît le second album de cette demoiselle Shah, Nadine de son prénom, Ulysse découvre (avec un an de retard) ces deux pépites, deux magnifiques versions de chansons du premier album, « Love your Dum and Mad ». En allant s’endormir après les avoir écoutées en boucle, se demande Ulysse, quel diable, quelle diablesse, dans quelle ville nocturne peut-on rencontrer en rêve? Il sera bien temps, demain, de chercher à en savoir plus sur cette étrange voix

Marine Femen

montage FN 1er mai

Ce qui est étonnant, c’est cette couleur rouge qui réunit la banderole suspendue par les Femen et la houppelande  du vieux réactionnaire. Quelle mouche a bien pu le piquer, celui-là, de s’habiller ainsi? Par dérision à l’égard des cortèges syndicaux autrefois puissants? Ou simplement par peur qu’on ne le remarque pas? En tout cas, au balcon ou sur la tribune, Marine voit doublement rouge!…

En repensant à ce défilé du 1er mai, le citoyen Lambda ne comprend pas bien pourquoi Marine s’est mise en colère contre les Femen. Ne partage-t-elle pas la même exaspération que ses jeunes consoeurs face aux efforts obstinés de son vieux père pour contrecarrer la dédiabolisation du FN et persuader l’opinion que l’extrême droite d’aujourd’hui reste l’extrême droite de toujours, xénophobe et antisémite? Ces trois diablotines rastaquouères et marxisantes ne pourraient-elles être considérées comme la projection de son propre fantasme, de sa volonté de se débarrasser enfin du débris encombrant et nauséabond qu’est désormais le père fondateur, de toute cette haine que Marine n’ose pas encore exprimer mais qu’elle ressent avec une telle puissance qu’on a presque l’impression de la voir projetée au balcon de son inconscient? Un instant, la vue de Lambda se brouille et il voit ça

Marine le Pen en Femen

Mais, au bout de quelques instants, la vision de cauchemar s’efface. Evidemment ce n’est qu’un montage fantasmatique grossier.

Jimi Trabuchon Experience

Cette cabane de jardin a été construite par Jimi Trabuchon il y a déjà quarante-cinq ans, à son retour de l’Ile de Wight (où il avait filmé avec sa copine et l’autre copain de sa copine le dernier concert d’Hendrix et réalisé l’unique et foireuse interview de sa trop brève carrière de journaliste rock).  Sur le terrain hérité de ses vieux parents, des postiers communistes et propriétaires, il a longtemps ambitionné d’organiser LE méga-concert français, avec Gong et Malicorne en guest stars. Mais il a été peu à peu rattrapé par la routine et par l’urbanisation. Tout autour de lui, on a construit des barres d’immeubles qui l’empêchent de voir le large et même une médiathèque en béton, que Jimi Trabuchon ne fréquente pas, bien que l’on y trouve un DVD sur Woodstock. En attendant que la mode du Flower Power revienne irradier de couleurs psychédéliques le climat pluvieux de la banlieue française, autrefois rouge et maintenant seulement grise, Jimy repeint fidèlement chaque 1er mai sa cabane de jardin et l’intérieur de sa tête avec des fleurs. Dans la petite serre bien banale qu’il a placée à côté de la cabane, il continue à faire pousser en douce les plantes qu’il lui faut pour mener la Jimi Trabuchon Experience.

Tout peut changer

Profitant de cette période de vacance et de disponibilité, j’ai entamé la lecture de l’essai de Naomi Klein Tout peut changer. Lecture extrêmement stimulante parce qu’elle fait du réchauffement climatique (et des catastrophes qu’il annonce) la meilleure chance dont nous disposons de rompre avec un système économique, le capitalisme dans sa version néo-libérale, qui est en train de bousiller non seulement les sociétés humaines mais la terre elle-même.

N. Klein rappelle, dès l’introduction, l’urgence de ce changement : certains scientifiques affirment que, si nous voulons rester dans la limite d’un réchauffement à 2° (qui va déjà provoquer pas mal de bouleversements), il faut réduire significativement les émissions de GES d’ici à 2017. La « fenêtre » est donc en train de se refermer sous nos yeux. Au delà, il faudra envisager d’autres scénarios : réchauffement de 4° ou même de 6° (quelles catastrophes pourraient-ils amener?).

D’autant plus intéressant pour nous, Français, que la 21ième conférence sur le climat doit avoir lieu fin 2015 à Paris. On peut craindre que la prolifération de  de grands discours y vienne, comme d’habitude, cacher l’absence de décisions véritablement contraignantes.

Les années qui viennent sont décisives, pour notre génération et surtout pour les suivantes. C’est aujourd’hui que demain et après demain se dessinent.

Et moi, je me demande : quelle peut être la réponse d’un romancier? Comment imaginer ce qui devrait se produire, ce qui pourrait se produire, ce que nous allons laisser se produire? Comment répondre à ce slogan-défi : « Tout peut changer » (en anglais : « This changes everything »)?

Après avoir imaginé le passé, imaginer le futur? Et, parallèlement, raconter le présent (son impossibilité à changer)?