EL AMOR MENOS PENSADO (RETOUR DE FLAMME)

Dimanche 12 mai 19

Dans la salle, pendant la projection, de frais éclats de rires. Et, à la fin, rien que des cheveux gris ou blancs (il est possible que nous soyons les plus jeunes).

Une comédie américaine made in Argentina, finement dialoguée sur les errements d’un couple au long cours, avec un soupçon d’amertume mais aussi la bonne dose de sucre, parce que, même à cinquante ans, on reste sentimental comme à vingt.

Sorte de « When Harry meets Sally » pour quinquas.

Marcos et Ana se disent toujours la vérité. C’est ce qui les amène parfois à faire n’importe quoi.

THE BEAT OF HIS OWN DRUM

Samedi 11 mai 19

J’aime bien les jeunes énergumènes dans son genre, dont l’actualité n’est déjà plus tout à fait celle des autres. 

Alors que tous ses potes sont plongés jusqu’au cou dans la dernière saison de Games of Thrones, lui se délecte de Mad Men avec plusieurs années de retard, ou plusieurs années d’avance sur sa classe d’âge.

Il écoute aussi en boucle le dernier titre d’un jeune groupe de ma génération plein d’avenir :

« When the levee breaks » de Led Zeppelin.

« Si la pluie continue à tomber, la rambarde va s’écrouler 

Et si la rambarde s’écroule, j’aurai plus nulle part où aller».

Il trouve que cette chanson de 1971 est l’une de celles qui lui parle avec le plus d’à propos des catastrophes à venir.

« He marches to the beat of his own drum », comme dirait de lui la mère de Sally à John Bonham.

Ceux qui marchent au rythme de leur propre tambour, je crois que ce sont les seuls qui n’iront pas tout droit au désastre.

LES 7 PILIERS DU PILATE

Vendredi 10 mai 19

7 hommes, 7 piliers masculins de la séance de pilate. Ce doit bien être la seule salle de sport au monde où les hommes sont en majorité dans ce genre de cours.

La prof se demande si ce miracle est dû à son charisme personnel ou à une évolution des mentalités. Les hommes se mettraient-ils eux aussi à travailler leurs corps en douceur et en profondeur, plutôt que leurs seuls biscotos en surface ?

OH MY GOD (x2)

Jeudi 9 mai 19

Sur ce coup là, le Bûcheron reconnait qu’il a sacrément walké alone, totalement à côté de ses shoes. Jamais il n’aurait imaginé que ce Liverpool, brillant à l’aller mais inefficace, soit capable de marquer 4 buts au Barça sans en prendre un seul.

Et il s’ennuyait tellement, dans un « Bureau » désert, pendant le match retour entre Ajax et Tottenham qu’il a prié pour que les Spurs reviennent au score et que la dernière demi-heure bascule dans la folie. Ensuite, machine infernale : il savait avant que cela n’arrive que Tottenham allait planter le troisième but pendant les arrêts de jeu.

Quand on porte le nom du géant Ajax, on peut être malheureux mais jamais timoré !

Alors mon ami inconstant a gémi sur l’élimination de ses favoris et sur la chance à jamais enfuie de voir cette jeune équipe, dans un pied de nez magistral, remporter la Champions Ligue !

Pas très malin, ce Bûcheron ! Je me suis bien moqué de lui. Moi, quand je fais des pronostics je ne me trompe jamais. C’est pour ça que je prédis une victoire de Liverpool par 4-1 le 1er juin.

LA NEIGE NOIRE

Mercredi 8 mai 19

Je me remets à écrire ce matin. Je suis toujours dans la version courte de la Dérive, ce texte dans lequel je m’épuise depuis deux ans et que personne n’aime. J’écris les didascalies, qu’elles soient à la fois informatives et littéraires. Je trouve l’idée de la neige qui tombe pendant toute la fin, rouge, puis grise, puis noire, puis arc-en-ciel. Cette idée funèbre me rend heureux.

MID 90’s

Samedi 4 mai 19

La bande annonce m’avait donné de la curiosité pour ce film et je n’ai pas été déçu.

Le jeune Steevee (Sunny Suljic, impressionnant d’énergie spontanée et de finesse) doit avoir douze ou treize ans. Il est élevé par sa mère, femme seule, aimante mais maladroite. Il admire son grand frère mais celui-ci le traite avec violence. Alors il se cherche d’autres liens : il entre en contact avec quatre skateurs, vaguement marginaux. Il est prêt à tout pour être adopté par leur bande.

Ce qui m’a plu, c’est d’abord le style : le grain vintage de l’image, le mélange entre les plans d’ensemble (par exemple quand ils font du skate au milieu de la rue) et les très gros plans sur les visages. Il faut voir le monde d’un peu trop loin ou d’un peu trop près pour mieux refuser l’entre deux de l’indifférence. Une façon poétique de filmer le décor réaliste de l’adolescence américaine, d’en choper l’atmosphère, les aspirations trash et la mélancolie, qui m’a rappelé Gus Van Sant.

Mais le propos sur l’adolescence est différent : plus chaleureux, optimiste, moins vertigineux et moins malaisant. Bien sûr, il y a de la violence, dès le premier plan (surprenant) et jusqu’au dernier. Ce kid prend des coups. Quand ce ne sont pas les autres ou la vie qui les lui donne, c’est lui-même qui se les inflige. Comme s’il devait se donner la preuve de sa résistance.

Mais il y a aussi d’autres moments plus rêveurs. Les portraits des quatre ados sont dessinés à petites touches, et chacun d’entre eux devient attachant. Notamment Ray (joué par Na-Kel Smith, la deuxième révélation du film), une sorte de Basquiat du skate, empreint de sagesse, capable d’attention à l’autre. J’ai aimé la belle scène d’amitié, où Ray vient voir le petit Stevee, après que celui-ci se soit senti humilié par l’intervention de sa mère. Le grand lui parle, le prend au sérieux, et en même temps l’aide à relativiser en lui racontant l’histoire de leurs trois copains. Et puis il l’emmène faire du skate, tous les deux seuls. C’est simple et c’est beau.

Peut-être pas vu de personnage plus inspirant de « grand frère » depuis le Motorcycle Boy campé par un Mickey Rourke à ses débuts dans Rumble Fish de Coppola, au début des années 80, ça fait un bail (et de revoir cette bande annonce, tellement eighties, me fait ricaner aujourd’hui).

Jonah Hill donne sa chance à chacun des personnages (même au frère ainé) dans les scènes finales. Finalement (c’est la différence avec Van Sant ?), les personnages se comprennent. Il y a de la chaleur humaine.

Jonah Hill est un humaniste. Malgré cette tare, c’est aussi un cinéaste.

Difficile de se représenter que l’auteur d’un tel film soit l’acteur comique et le second rôle grassouillet et délirant de The Wolf of Wall Street. Réjouissante surprise (un interprète se servant de sa notoriété commerciale pour tourner un vrai film d’auteur) qui rappelle le miraculeux Lost River, de Ryan Gosling.

De quoi garder confiance dans le système du cinéma américain, puisqu’il permet ce genre de vases communicants ?

Mid 90’s, c’est aussi une BO formidable.

UNE BELLE COMETE

Vendredi 3 mai 19

La serveuse de ce café de Montrouge entre dans la salle avec une grâce déconcertante et file derrière le comptoir comme une belle comète sombre de trente ans : au bout de plusieurs secondes, il comprend qu’elle se déplace sur des rollers.

Le sourire qu’elle s’adresse à elle-même en briquant son zinc dit qu’elle a déjà beaucoup connu de la vie. Même quand elle tombe, et ça lui arrive, elle se relève. Et ça n’est pas ça qui va l’empêcher de roller sa bosse !

Le site personnel de Christophe Bouquerel