LE ROMAN DE THELYSON CLAUDE ORELIEN : UNE CLAQUE ! (fin)


Samedi 26 septembre 26, quatre heures seize


Ulysse s’éveille en sursaut, taraudé par son doute. Il faut qu’il en ait le coeur net mais il ne peut s’empêcher de frémir en ouvrant le fichier de son propre roman en cours. Il le pangramme en tremblant. Et, évidemment, absurdement, horreur, horreur encore plus que stupéfaction : lui aussi écrit par Claude ! A l’insu de son plein gré, il le jure ! Comment Claude a-t-il réussi à prendre le contrôle de l’ordinateur  personnel d’Ulysse ? Ou de son cerveau  qu’il croyait jusque-là personnel ?

Les mots dansent devant les yeux effarés d’Ulysse tandis qu’il relit ce qu’il croyait être sa prose, qu’il ne reconnaît pas tout à fait car elle a été modifiée et il est bien obligé de se l’avouer : c’est largement meilleur quand c’est écrit par Claude ! C’est enfin bien construit, enfin achevé, et c’est hyper bien balancé, c’est hyper personnel ! Oh merci Claude, s’écrie Ulysse dans un mélange de jubilation et de désespoir, merci de m’avoir amélioré même sans mon consentement, grâce à toi je vais finir mon premier roman depuis dix ans !

Ulysse referme le fichier : il aperçoit le nom de l’auteur, et ce n’est plus le sien mais « Claude Personne ». C’en est trop, il ne lui reste plus qu’à mourir !

Comment ?

N’est-il pas en droit d’exiger un dernier service de Claude en lui demandant quels sont les suicides les plus réussis des écrivains ratés ?

A ce moment-là une longue plainte le réveille. Sa chérie lui certifie que ce cri lui appartient, que c’est lui qui, en hurlant, est en train de réveiller tout le quartier mais il ne peut plus être sûr de rien ! Ce hurlement quasi bestial n’avait-il pas aussi des modulations humaines d’une grande profondeur, un mélange parfaitement équilibré entre l’horreur, la rage, la stupéfaction, le vertige, voire même une pointe d’excitation sexuelle totalement incongrue mais finalement assez à sa place, dont Ulysse s’était toujours montré jusque là incapable ? Son cri lui-même n’a-t-il pas été produit par Claude ? Et cette personne à ses côtés qui tente de le calmer, qui lui dit qu’elle est sa chérie humaine, et non pas un agent chatbot ?

Vers qui se tourner pour retrouver des certitudes ?

Ulysse réagit en homme de lettres, en homme de livres. Ouvrir un classique humain d’avant les IA, vite ! Un Proust, un Balzac !

Il se rue en pyjama vers sa bibliothèque. Le premier auteur qui lui tombe sous les yeux, c’est Gogol, sûrement pas, Dick, encore moins. Voilà, ça : Le discours de la méthode, le doute radical, douter de tout sauf de moi qui pense, cogito ergo sum. Mon cher Descartes, au secours !

Quoi, que voit-il sur la couverture de ce livre de poche ? Le prénom de Descartes, c’était Claude, Claude Descartes? Cogito ergo es, je pense à ta place donc tu crois que tu es ?…