HOUELLEBECQ LE BAS DU FRONT POPULAIRE

Jeudi 5 janvier 23

Le citoyen Lambda rapporte Ă  ses amis que la grande mosquĂ©e de Paris vient de porter plainte contre les propos que Houellebecq a tenus lors son entretien avec Onfray dans la revue « Front Populaire ». Et, ajoute Lambda, ce qui est rapportĂ© de ces propos est effectivement consternant. Il leur donne lecture de quelques passages : « Quand des territoires entiers seront sous contrĂ´le islamique, je pense que des actes de rĂ©sistance auront lieu. Il y aura des attentats et des fusillades dans des mosquĂ©es, dans des cafĂ©s frĂ©quentĂ©s par les musulmans, bref des Bataclan Ă  l’envers». Ou encore : «le souhait de la population française de souche» n’est pas «que les musulmans s’assimilent, mais qu’ils cessent de les voler et de les agresser. Ou bien, autre solution, qu’ils s’en aillent».

«Oui, soupire Lambda, débile et consternant, un peu comme les propos antisémites de Céline dans les années 30. Quelles seront les années 40 de notre génération ? ».

Ulysse trouve que Houellebecq fait penser Ă  Dantec dans les dernières annĂ©es : mĂŞme dĂ©gradation physique, mĂŞme consommation de drogue, mĂŞme propension Ă  se prendre pour un prophète. « FrĂ©quente-t-il encore la sociĂ©tĂ© française, reprend Lambda, ailleurs que dans les vidĂ©os conspirationnistes sur You tube, connaĂ®t-il encore les lycĂ©es, les cafĂ©s, les salles de sport, oĂą, quoi qu’on en dise, et c’est cela qui fait chier aussi bien les salafistes que les identitaires, les gens vivent assez harmonieusement les uns avec les autres dans la « zone grise Â» ?

-A-t-il seulement, s’indigne le BĂ»cheron, frĂ©quentĂ© les cafĂ©s pendant la Coupe du Monde de foot ? Â».

Comment parler d’un pays quand on n’en partage pas les passions ?

MONET/MITCHELL

Mardi 3 janvier 23

En 1917, pendant que les humains autour de lui s’entredéchirent dans la guerre mondiale, le vieil Impressionniste cherche à atteindre l’universel en restreignant son regard à un coin d’étang, sur lequel il expérimente sans cesse, finissant par évacuer totalement le ciel qui avait pourtant inspiré tant de merveilles à ses prédécesseurs pour ne plus garder que de la végétation dans de l’eau.

Cinquante ans plus tard, en 1967, l’AmĂ©ricaine d’avant-garde s’installe Ă  Vetheuil, tout près de Giverny. LĂ , elle refuse de peindre sur le motif, de platement reproduire le paysage du bord de Seine qu’elle a sous les yeux, alors mĂŞme qu’elle le trouve beau : d’abord, sans autre matĂ©riel que ses yeux et son coeur, elle le regarde, longuement, intensĂ©ment (restant en cela une figurative), s’interdisant de peindre pour mieux s’emplir de « feelings Â» ; ensuite seulement, tournant le dos au paysage extĂ©rieur, elle se prĂ©cipite vers sa toile pour essayer d’y recomposer le paysage intĂ©rieur de ses Ă©motions. L’abstraction devient alors le mĂ©canisme dont sa mĂ©moire absorbe l’émotion procurĂ©e par le paysage rĂ©el pour la rendre en traits et en couleurs, en quelque sorte la « digestion Â» du regard dans le tube de la mĂ©moire.

« Les poèmes, la musique, les paysages et les chiens me donnent envie de peindre et peindre me donne envie de vivre. Â»

Une série touche particulièrement Ulysse : « La grande vallée », que Mitchell a commencée en 1983 à la suite de la mort de sa sœur, Sally, et qui comprend seize groupes de toiles, le plus souvent en diptyque ou en triptyque. L’artiste ne se contente pas d’y peindre, pour se consoler, un souvenir d’enfance heureux. Elle continue dans le deuil à explorer son territoire intérieur, en y mêlant au moins trois souvenirs d’enfance différents : d’abord bien sûr celui du coin de nature où elle passait des heures entières avec sa sœur morte lorsqu’elles étaient petites filles, mais aussi celui transmis par le cousin disparu d’une amie chère, qui répétait qu’il n’éprouvait plus que le désir d’y retourner avant de mourir, et même, peut-être, encore plus fou, encore plus sensitif… un souvenir d’enfance de son chien ! Autrement dit, ce que Mitchell peint, dans ce paysage de la « Grande Vallée » à la fois concret et imaginaire, c’est non seulement la façon dont un enfant ou un animal se jette corps et âme dans la nature qui l’environne mais aussi celle dont un agonisant peut éprouver l’ultime nostalgie de cette plongée en apnée dans la vie.

VIVRE VITE

3 janvier 23

Ulysse a entendu dire qu’après avoir obtenu le Goncourt au terme d’un nombre démesuré de scrutins, ce roman n’atteignait pas le nombre de ventes réglementaires pour ce prix : deux manières successives de suggérer qu’il ne le méritait pas. Mais lui l’a bien apprécié, notamment à cause de son style nerveux.

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DIRGE

Grâce à Vivre vite, le roman de Brigitte Giraud, Ulysse découvre avec vingt-cinq ans de retard Death in Vegas, le duo anglais dont « Dirge » (Chant funèbre) est le dernier morceau écouté par Claude, le mari amateur de rock et motard avant son accident fatal.

Il est stupĂ©fait aussi par la puissance et la violence hypnotique de « Aisha Â» et de « Hands around my Throat Â».

MY MAN GODFREY

AdaptĂ© de 1101 Park Avenue, une nouvelle d’un certain Eric S. Hatch, ce film a Ă©tĂ© tournĂ© en 1936 par Gregory La Cava. Celui-ci, après avoir Ă©tĂ© l’un des premiers animateurs de cartoon de l’histoire du cinĂ©ma, devint dans les annĂ©es 20 rĂ©alisateur de comĂ©die, resta au sommet dans les annĂ©es 30 mais vit sa carrière sombrer dès les annĂ©es 40 Ă  cause de son anticonformisme, de son engagement social et… de son alcoolisme : bref, il aurait pu ĂŞtre l’un des personnages de son film.

La bande annonce originale :

Le début de Godfrey est génial :

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UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN

Samedi 5 février 22

MĂŞme quand, comme moi, on avait envie d’aller voir un autre film, il est difficile de ne pas tomber sous le charme d’Irène et de sa famille. Je dirais : tomber par surprise, alors que le thème est presque banal. Car Irène vit Ă  Paris, dans les annĂ©es 40 (accessoirement), elle est Juive (accessoirement), sous l’Occupation (accessoirement). Mais rien de tout cela ne lui fait peur. Ce n’est pas pour cela qu’elle s’évanouit souvent, sĂ»rement pas, ni qu’elle se brouille la vue avec de fausses lunettes. PlutĂ´t parce qu’elle prĂ©pare le concours du Conservatoire avec trop de fièvre et qu’elle vit ses premières amours avec trop d’intensitĂ©.

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SENTINELLES

Vendredi 4 février 22

L’artiste en sentinelle : il se tient debout Ă  la frontière entre le monde extĂ©rieur, hostile, et son propre territoire intĂ©rieur, qu’il doit protĂ©ger sans le connaĂ®tre. Dans ce spectacle vu hier soir au Théâtre 71, Jean-François Sivadier adapte Le NaufragĂ© un roman de Thomas Bernhard qu’il a dĂ©couvert il y a vingt ans.

Mathis est un pianiste mondialement célèbre retiré volontairement de la scène après y avoir été acclamé. Raphaël l’invite à une master class dans la petite école de musique qu’il dirige. Swan a disparu. On les revoit lors de leur rencontre, adolescents. Puis recevant l’enseignement d’un maître énigmatique. Enfin en train de passer un concours à Moscou.

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SLEEPER

Mercredi 5 janvier 22

Pendant ces dix jours d’isolement, où 2021 se prolonge, j’ai écouté cet album miraculeux des retrouvailles d’Arab Strap en boucle. Et aujourd’hui où il s’achève, je ne peux m’ôter cette chanson de la tête.

Un dernier voyage hypnotique dans « le train en marche » de la vie, un retour de nuit qui n’est qu’un aller, plein de signes, de symboles, de rencontres ratées mais poignantes, et le diable, peut-être, pour vous accueillir familièrement dans le wagon bar.

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MAID

Mardi 4 janvier 22

Cette bande annonce est un peu trop positive thinking. Les trois premiers Ă©pisodes de la sĂ©rie m’ont frappĂ© surtout par leur cĂ´tĂ© anxiogène. La vie quotidienne d’Alex, obligĂ©e de faire des mĂ©nages pour Ă©lever seule sa fille et Ă©chapper Ă  son mari violent, mais aussi se libĂ©rer de sa propre propension Ă  retomber dans le cercle infernal d’une relation toxique, devient plus stressante qu’un film catastrophe : la jeune femme est obligĂ©e de dĂ©ployer pour s’en sortir seulement les mĂŞmes qualitĂ©s qu’il en a fallu depuis cent ans aux autres hĂ©ros de sĂ©rie pour sauver le monde ou gouverner toutes les Espagnes. Ce faisant, mine de rien, la sĂ©rie (et sĂ»rement le tĂ©moignage dont elle est inspirĂ©e) explore des aspects peu reluisants de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. Alex rĂ©ussira sans doute Ă  s’en sortir avec sa petite Maddy mais elle l’aura bien mĂ©ritĂ©e !

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