Le Citoyen Lambda n’a pas pu participer à la marche pour le climat : il avait, nous dit-il, « un rendez-vous urgent avec lui-même » (au terme d’une rapide enquête, nous découvrons que c’est ainsi qu’il appelle faire une sieste).
Il avait demandé de le représenter à sa fille, Graine-de-moutarde, et à ses trois amies, en leur recommandant d’être prudentes, car il avait lu que 7500 policiers seraient lâchés dans les rues.
Dans le petit bar des Ateliers Berthier, on sert aux bobos comme Ulysse des sandwiches végétariens. Il s’est arrêté quelques instants pour boire une bière bio locale pas très goûteuse, et pour réfléchir au spectacle de Falk Richter auquel il vient d’assister. Il se demande : « Je l’ai aimé, ou pas ? Difficile à dire… ». Pour pouvoir répondre, il lui faudrait traverser le léger brouillard d’ennui qui s’est déposé à l’intérieur même de ce théâtre.
Debout à ses côtés,
un couple de jeunes Scandinaves, estampillés tous les deux « blondeur et
ouverture d’esprit authentiques », attendent quelqu’un avec une impatience
palpable, qui fait presque sourire Ulysse, ou qui lui fait envie. Qui a la
chance d’être attendu ainsi ?
Alex et Sarah, sans se concerter, ne se sont pas revus de la semaine. Ils se sont approchés si près, en passant la journée entière de dimanche dernier dans les bras l’un de l’autre, qu’Alex a décidé de prendre un peu de recul. Ne serait-ce que pour prolonger un peu les premiers temps de l’amour, dont il sait par expérience qu’ils sont délicieux mais éphémères. Et du côté de Sarah ? Il ne sait pas. Il espère la même chose. Peut-être est-ce bien de la laisser cogiter dans son coin ?
Il a quand même appelé le samedi en début d’après-midi pour lui proposer d’aller le soir voir le Desplechin. Il ne détesterait pas s’embarquer dans une histoire d’amour exclusivement cinéphilique, où ils ne se verraient qu’une fois par semaine et se raconteraient leurs vies à travers des films.
Elle a dit oui. Qu’elle était libre, pour le Desplechin. Peut-être une légère ombre d’hésitation ? Lui en parler ?
En tout cas, elle tient à se faire pardonner son écart de la semaine précédente : elle est apprêtée jusqu’au bout des cils et pile poil à l’heure. Encore une fois, il oublie de le lui dire. C’est lui qui arrive vingt-cinq minutes en retard, dérouté par des travaux.
Elle bondit sur l’occasion : « Ce n’est pas grave, viens, on a juste le temps de foncer à Montparnasse voir le dernier Klapisch. ». Elle ajoute : « La prochaine fois, tu prendras le RER ? Tu sais courir ? ».
Si Les Furtifs m’a autant marqué, c’est qu’il s’inscrit dans ma recherche des utopistes d’aujourd’hui (ceux qui oseraient nous permettre de dépasser les clichés de la dystopie) : Damasio ne se contente pas de l’évocation d’un cauchemar soft, où les data des multinationales et des états auraient remplacé le télécran de Big Brother, il propose la description tumultueuse d’ilots de résistances en plein cœur des ville ou sur les bords de la Méditerranée.
C’est la première fois qu’Alex et Sarah vont ensemble au cinéma (alors qu’ils ont couché ensemble dès le soir de leur première rencontre et qu’ils continuent à le faire épisodiquement depuis trois mois) : on dirait qu’ils ne font rien dans le bon ordre. Ils ne se sont pas vus depuis quinze jours, trop pris chacun de son côté par la routine du rush de la rentrée, et il constate, comme elle sûrement de son côté, qu’ils ont régressé, qu’un peu de distance incommode s’est installée.
D’ailleurs, la soirée commence mal : elle arrive un peu en retard au rendez-vous devant l’UGC Odéon, elle est apprêtée, joliment maquillée, première fois ou presque qu’il la voit en tenue de citadine et non pas en maillot de bain, il le remarque, certes, mais il ne pense pas à le lui dire : à cause d’elle, le dernier Desplechin qu’il avait très envie d’admirer, est complet. Ils sont obligés de se rabattre sur Une Fille Facile de Rebecca Zlotowski, pour lequel elle éprouve une certaine curiosité.
Ce matin, le citoyen Lambda va au marché
avec sa femme et sa fille : dans leur cabas, ils ont fourré des sacs en
tissu réutilisables, ils rapportent les sacs en papier et en plastique de la
semaine dernière. La plupart des marchands acceptent volontiers de les prendre
et leur disent même qu’ils sont prêts à tarer des boîtes en plastique (preuve
que d’autres clients depuis quelques mois font de même).
Je l’ai lu avec une telle passion cet été,
pendant le séjour en Ardèche, que, plusieurs semaines après, ses thèmes et ses
personnages continuent à m’accompagner.
Nous avons décidé d’aller visiter ce lieu, qui est présenté (en même temps que deux ou trois autres châteaux et quatre ou cinq villes) comme le lieu de naissance de Guy de Maupassant. Nathalie, la guide, nous déclare d’emblée que l’écrivain n’y a jamais vécu, ou presque. Puis elle nous fait revivre avec un humour robuste les autres passionnants bonshommes qui le hantent de façon plus tangible.
Ce nom de « côte d’albâtre », que je trouvais prétentieux, vient de la teinte claire des falaises de Normandie, qui donnent aux eaux du bord une couleur presque laiteuse.
La team des charcutiers grassouillets du marché de Luneray remballe, en écoutant à fond « Ma gueule » de Johnny : à un moment, on a presque l’impression qu’ils esquissent tous quelques pas de danse.
L’après-midi, nous nous baladons dans Veules-les-Roses. C’est, dit-on, l’un des plus jolis villages de France et nous le visitons sous une pluie qui lui va bien aussi.