Archives pour la catégorie Le train en marche

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Je suis Paris

Assister hier soir à « Ca ira (1) fin de Louis », le spectacle de Pommerat qui nous plonge en plein milieu de l’invention chaotique de la démocratie, tandis que dans les travées commençait à circuler le bruit confus que des fusillades avaient lieu dans les rues de Paris, écouter médusés ces personnages en train d’essayer de penser au milieu de bruits d’explosion nous renvoyant tous à ce qui se passait peut-être au même moment dans la réalité, cela prenait un sens très particulier.

Et aujourd’hui, après avoir coloré de bleu-blanc-rouge ma photo de profil et écrit « Je suis Paris », tenter de m’arracher à la sidération télévisuelle, au chagrin et à la rage, qui entasse dans ma tête les amalgames les plus stupides, tenter, malgré tout, malgré les morts, en pensant à eux, de réfléchir un petit moment sur ce puissant, cet exigeant, cet intelligent, cet essentiel spectacle, ce sera ma petite manière à moi d’échapper à la bêtise crasse.

Ce n’est pas facile

J’ai envie de pleurer, je n’ai pas envie de réfléchir

Mais si je veux vraiment être Paris

Hé bien, il faut que je continue à aller dans les salles de spectacle et à discuter

A boire des coups à la terrasse des cafés

A regarder les filles qui ne portent pas un voile mais une jupe quand ça leur chante

A m’efforcer d’être en guerre

En guerre ouverte contre la connerie sombre qui a noyé le cerveau de ces analphabètes portant  le deuil de l’intelligence

Mais qui menace toujours un peu aussi les nôtres

De sa souillure indélébile de goudron

Allez, mon pote, tu ne pries pas, tu réfléchis

Allez, mon pote, tu pleures et tu réfléchis

Allez, mon pote, tu es Paris

Un amour impossible

Christine ANGOT était présente lors de la rencontre avec les lycéens du « Prix Goncourt Lycéens » qui a eu lieu il y a quelques jours à la Bibliothèque Mitterrand. De tous les auteurs présents, c’est elle qui a le moins cherché à paraître aimable, provoquant même un certain malaise parmi les jeunes. Je trouve qu’elle leur a fait le cadeau de ne pas chercher à les séduire mais de leur présenter sa réflexion pleine et entière, dans sa férocité revêche d’écorchée vive. Elle leur a tenu des propos sur l’amour (non pas le « miracle » de pureté et d’innocence qu’on leur vend à longueur de films mais le lieu où se prolongent toutes les exclusions sociales) déconcertants pour ces adolescents mais stimulants. Elle leur a proposé aussi un petit apologue sur la fiction : celui du « soldat de Baltimore », qui, dans les débuts du XIXe siècle, assiste pour la première fois à une représentation d’Othello et sort son fusil pour abattre l’acteur interprétant l’homme noir se préparant à violer une femme blanche ; ce soldat montre ainsi qu’il n’a pas compris ce qu’était la fiction : un espace fondateur de la civilisation, où l’on peut exposer au grand jour ce que nous refoulons, l’amour, l’exclusion, le pouvoir, la jalousie, « sans sortir son fusil ». Bel éloge du pouvoir libérateur de la fiction par celle que l’on veut cantonner à l’autobiographie la plus plate et la plus crue.

Or, Un amour impossible (2015) paraît ressortir de ce genre, puisque il est consacré à la relation « impossible » de Christine Angot avec sa mère (après qu’elle a évoqué dans un précédent texte l’inceste que lui a fait subir son père dans son adolescence). Le récit commence par la rencontre entre sa mère et son père, dans une cantine d’entreprise à Châteauroux, à la fin des années 50. Elle, Rachel Schwartz, est d’un milieu modeste et d’origine juive. Lui, Pierre Angot, est le fils d’une très bonne famille, son père occupant un poste élevé à la direction de Michelin. Là où commence la fiction, c’est que l’auteur raconte l’étrange relation d’amour qui s’établit entre ses parents non pas de son point de vue à elle, la narratrice d’aujourd’hui, mais du point de vue de ces deux jeunes gens d’une époque révolue : ils se fréquentent, ils font l’amour (pages étranges et fortes), ils envisagent d’avoir un enfant, et pourtant, en même temps, lui se refuse à l’idée de mariage. Pour, dit-il, sauvegarder sa liberté, à laquelle il tient plus que tout. Angot explore le point de vue de sa mère en phrases sèches et tendues, le point de vue du père lui est abordé à partir des lettres qu’il écrit : le lecteur suppose qu’il s’agit de lettres authentiques, gardées par Rachel et confiées ensuite à sa fille. On est frappé par le caractère ampoulé du style de Pierre : alors qu’il se veut de bonne tenue, il est froid, sans qu’on parvienne tout à fait à définir s’il s’agit de sa personnalité, de son milieu social ou d’un trait d’époque. Peut-être les trois à la fois. Mais ce jeune homme parait d’un grand conformisme et d’une grande hypocrisie dans sa revendication d’échapper aux règles bourgeoises. La fille, elle, Rachel, est moins cultivée, moins évoluée et plus naïve dans sa soumission aux principes du garçon, mais son abandon à l’amour, un amour absolu, profond, qui ne se dit jamais comme tel mais s’exprime de façon intense par les choix qu’elle fait, garder l’enfant, attendre l’homme pendant des années, est finalement beaucoup plus transgressif. L’un, le jeune bourgeois, n’est audacieux qu’en paroles (et encore des paroles très froides), tandis que l’autre l’est en actes. Et l’on comprend bien que le travail littéraire de Christine Angot, c’est d’opposer, à ces phrases qui se veulent littéraires de Pierre, les pensées sans artifice de Rachel. Et pour cela, il lui faut réinventer de l’intérieur ce qui ne s’est jamais dit à l’extérieur : la voix de sa mère en jeune femme des années 50.

Ensuite, il y a la période de l’enfance et l’évocation de la relation fusionnelle entre la mère célibataire et sa petite fille. Ces pages très réalistes sont désormais abordées du point de vue de la petite fille, mais elles laissent deviner les difficultés et la déprime de la mère, dont les choix sont guidés par le désir de se rapprocher du père, ce dernier vivant à Strasbourg, où il mène une brillante carrière de fonctionnaire international. Ces pages sans pathos m’ont touché.

Alors la fille grandit. C’est le moment où son père accepte de la reconnaître, et où l’adolescente paraît fascinée par le brillant de cette personnalité. Parallèlement, sa relation avec sa mère se dégrade, elle n’a plus rien à lui dire, et Rachel se sent dévalorisée. Là aussi, la relation est analysée avec une sécheresse tendue, derrière laquelle on sent l’émotion. D’autant plus que le lecteur apprend avec la même brutalité que la mère, grâce à la confidence du premier petit ami de la fille (petit ami dont on vient de nous apprendre que la mère avait fait sa connaissance d’abord mais qu’elle le trouvait trop jeune) ce qui se joue vraiment dans cette relation avec le père : il viole sa fille depuis plusieurs années, presque depuis le moment où il a renoué des liens avec la mère. Révélation très sèche, qui m’a littéralement estomaqué.

Après la rupture avec le père, ce sont des années difficiles : la mère se remarie enfin, la fille entame sa carrière d’écrivain, mais elle a du mal à trouver le bonheur dans ses relations amoureuses, elle rend Rachel responsable de ce qui lui est arrivé, ou plutôt de ce que sa mère a laissé lui arriver. La dernière partie est centrée sur la façon dont elles vont arriver à rétablir leur lien. Notamment pendant une semaine où, en plein été, elles se donnent rendez-vous chaque jour dans une salle de restaurant déserte. Cette longue conversation s’achève dans un monologue explicatif de la narratrice, en rupture avec le dépouillement du reste. C’est la partie la plus démonstrative du roman, certes, mais elle est tout à fait essentielle. Car la fille parvient à trouver pour la mère du sens à ce que le père leur a fait subir à toutes deux. Elle interprète leur histoire, non pas seulement à partir de la psychologie individuelle de ses trois acteurs mais d’une généralisation sociale : la conduite de son père a été caractéristique de l’humiliation que sa classe faisait subir à celle de Rachel. En elle, le jeune fils de bonne famille a humilié d’abord la fille pauvre et juive, avec laquelle il couche, qu’il aime peut-être mais à qui il refuse de l’introduire dans son milieu social. Ainsi l’amour de Pierre peut être considéré non pas comme la négation mais comme le renforcement de cette stratégie de séparation : il s’agit de montrer à la fille pauvre et juive que même l’amour ne suffira pas à produire le rapprochement espéré. Puis, une fois que Rachel est parvenu à lui extorquer la reconnaissance de sa fille, il viole cette dernière presque nécessairement : en transgressant le tabou fondateur de l’inceste qui interdit des relations sexuelles entre parents, il montre à la mère et à la fille qu’elles ne seront jamais vraiment ses parents, que Rachel ne sera jamais vraiment la mère de sa fille ni Christine sa fille. Et, dans une ultime ruse sociale (comparable à celle dont usent les maîtres pour pousser les esclaves à se sentir coupables d’avoir été esclaves), il les condamne toutes les deux à se sentir coupables de ce rituel d’humiliation. Cette dernière partie donne peut-être les clés de l’œuvre de Christine Angot, et notamment de ce roman : il peut être considéré comme un refus d’accepter cette humiliation tacite, en l’étalant au grand jour, en la proférant, en la dévoilant. L’exploration autobiographique comme moyen de répondre dans la fiction à l’humiliation subie dans la vie réelle.

Le roman s’achève sur une réconciliation entre la mère et la fille, sur un apaisement. Sur une lettre non plus de Pierre, mais de Rachel, dont la voix a enfin pris la place de celle du jeune bourgeois. Elle se termine par la phrase suivante : «Mais, trève de nostalgie, c’est aujourd’hui et maintenant. » Ces mots sonnent comme une libération. Libération de Rachel, oui, mais aussi de Christine ? Est-ce la fin du cycle autobiographique ? Vers quels nouveaux rivages de fiction la romancière, ayant enfin dépassé l’humiliation, lui ayant enfin donné du sens en son nom mais aussi en celui de sa mère, va-t-elle pouvoir, dans sa liberté chèrement conquise, se diriger ?

Much Loved

Vu enfin le beau film de Nabil Ayouch.

C’est d’une hypocrisie presque risible de dire qu’il attaque l’image de la femme marocaine, quand c’est plutôt celle des hommes qui en prend un coup (les scènes hallucinantes avec les Saoudiens, les touristes français ou le policier). Ces quatre modernes soeurs de Phrynê sont montrées sous toutes leurs facettes : leur âpreté au gain, la violence de leurs engueulades stupides, mais aussi leurs rêves, leur drôlerie, leur nostalgie, leurs failles, et leur indéfectible solidarité avec les autres exclus. Image très attachante de ces femmes d’aujourd’hui. Et splendide performance notamment de Loubna Abidar. J’ai beaucoup aimé le style de Nabil Ayouch, cette façon qu’il a de se tenir au plus près de ses personnages dans les scènes de fête mais aussi d’abandon. Les Marocains devraient le fêter, au lieu de le rejeter, car son film donne une belle image de leur cinéma. Et nous pourrions le leur envier…

Kyrie Eleïson

كِيريَالَيسون :

يَا رَبّ صَرلي ميّة سِنِة

بصُوم وبصلّي إرحمني

غِنائي لأجلَك يا رَبّ

صمتي لأجلَك يا رَبّ

آمنت جاهدت استقبلني

اسمحلي أُطلُب آخر شي يا رَيت يَا رَبّ

إِرْحَم إِرْحَمنا

إرْحَمنا وحِلّ عَنَّا

 

Oh seigneur, cela fait cent années
de jeûne et de prière
épargne-moi
mon chant est pour toi
mon silence est pour toi

j’ai cru, j’ai lutté
épargne-moi
et accorde-moi une dernière requête

épargne-nous
et laisse-nous tranquille.

Bachar Mar-Khalifé est un pianiste et percussionniste d’origine libanaise. Son troisième album, « Ya Balad », est annoncé pour le 2 octobre. J’ai écouté ce premier extrait, « Kyrie Eleïson », cet après-midi par hasard à la radio. J’en suis resté bouche bée. Et ce soir, en lisant les paroles, je le trouve encore plus beau.

 

 

 

Boussole

Le dernier roman de Mathias Enard, qui va sortir dans le courant du mois d’août, est une rhapsodie mélancolique, profonde, drôle, exaltante. Sa composition est étonnante : une nuit d’insomnie, rythmée par le défilement des heures, mais surtout par l’entrecroisement des souvenirs dans une sarabande proustienne : « J’entends paisiblement cette mélodie lointaine, je regarde de haut tous ces hommes, toutes ces âmes qui se promènent encore autour de nous : qui a été Liszt, qui a été Berlioz, qui a été Wagner, et tous ceux qu’ils ont connus, Musset, Lamartine, Nerval, un immense réseau de textes, de notes, et d’images, net, précis, un chemin visible de moi seul qui relie le vieux von Hammer-Purgstall à tout un monde de voyageurs, de musiciens, de poètes (…) et aux douces fumées d’Istanbul et de Téhéran, est-il possible que l’opium m’accompagne encore après toutes ces années, qu’on puisse convoquer ses effets comme Dieu dans la prière –rêvais-je de Sarah dans le pavot, longuement, comme ce soir, un long et profond désir, un désir parfait, car il ne nécessite aucune satisfaction, aucun achèvement ; un désir éternel, une interminable érection sans but, voilà ce que provoque l’opium. » Ces souvenirs sont ceux du viennois Franz Ritter, musicologue et non pas musicien, spécialiste des musiciens inspirés par l’Orient. Il se souvient de ses rencontres plus ou moins ratées, mais toujours passionnantes, avec Sarah, une brillante chercheuse française, dont il est tombé amoureux quinze ans auparavant. Celle-ci me rappelle un peu Angelica Pabst, le personnage féminin d’Un tout petit monde de David Lodge (qui est d’ailleurs cité au début de Boussole comme un des modèles possibles), mais en beaucoup plus profond.

Car le domaine d’étude de Sarah est d’une grande actualité : elle travaille sur l’orientalisme, c’est à dire sur la façon dont l’Occident depuis des siècles a construit l’image de l’Orient. Elle cherche à dépasser la thèse d’Edward Saïd qui fait de cette construction imaginaire une simple appropriation colonialiste de l’Orient par l’Occident. Elle veut montrer qu’il s’agit d’une construction commune et d’un patrimoine commun : d’abord parce que l’Orient a profondément transformé et nourri la culture occidentale (elle analyse par exemple avec brio l’influence des Mille et une nuits sur La recherche du temps perdu) et que le Soi occidental ne s’est jamais aussi bien épanoui que dans cette rencontre avec l’Autre oriental, même lorsqu’elle n’est que seconde ou même troisième : « Il y aurait donc un Orient second, celui de Goethe ou d’Hugo, qui ne connaissent ni les langues orientales, ni les pays où on les parle, mais s’appuient sur les travaux des orientalistes et voyageurs comme Hammer-Purgstall, et même un Orient troisième, un Tiers-Orient, celui de Berlioz ou de Wagner, qui se nourrit de ses œuvres elles-mêmes indirectes. » Mais ensuite parce que ce « Tiers-Orient », ce rêve du rêve d’Orient, il est désormais à la disposition des Orientaux eux-mêmes, qui peuvent s’y reconnaître ou pas, en tout cas se l’approprier, y puiser et le transformer (cette idée est illustrée par le poétique cadeau d’anniversaire qu’offre un jour Franz à Sarah :

une sevdalinka, une chanson populaire bosniaque dont l’étrange création, que je te laisse découvrir, prouve à merveille cette idée d’une création commune).

La quête amoureuse de Franz, qui poursuit Sarah à travers tout le Moyen Orient, Istanbul, Damas, Alep, Palmyre, puis Téhéran (avant qu’elle ne lui échappe encore plus loin mais, peut-être, pour mieux lui revenir), on voit bien qu’il s’agit d’une métaphore de cette poursuite d’un Orient fantasmé. Néanmoins, les deux personnages sont suffisamment attachants pour ne pas être de purs symboles ou de simples porte-paroles. On a les yeux de Franz pour la trop brillante et (presque) insaisissable Sarah. En comparaison, il paraît presque terne. Mais, en revanche, il a un tel humour, il porte un regard si mélancoliquement caustique sur lui-même et sur le monde qui l’entoure, sur ses petits travers et ses grandes illusions, qu’on en vient à souhaiter naïvement qu’ils finissent par se (re)trouver.

Une deuxième piste, c’est la satire de ce petit monde des universitaires européens, spécialistes du Moyen-Orient. Il y a là une petite galerie de personnages secondaires assez croquignolets. De Bilger, l’archéologue allemand en quête des cités perdues du désert, qui ne connaît de la langue arabe que ce qu’il lui en faut pour diriger ses terrassiers syriens, au sociologue français Faugier, qui explore les bas-fonds de Turquie et d’Iran à la poursuite de son propre fantasme de sexe et de came. Chacun est emblématique d’un rapport de domination possible à l’Orient. Mais ce qu’il y a de fort, c’est qu’Enard donne à chacun de ces personnages ridicules une occasion de devenir profond et touchant : par exemple la confession de Morgan, le directeur du centre culturel de Téhéran, qui tombe amoureux fou de la belle Azra sur fond de révolution khomeiniste et qui est prêt à toutes les trahisons pour se débarrasser de son rival trop aimé et trop aimant, devient un passage bouleversant, l’un des quatre ou cinq où le récit prend son envol et se développe en une sorte de nouvelle autonome.

L’intérêt principal du roman, c’est à travers cette Maqâma de souvenirs que Franz se donne à lui-même, l’évocation de tous les musiciens, les écrivains, les aventuriers, principalement ceux du XIXe et des années 30, qui ont été fascinés par le Moyen Orient. Boussole est ainsi hanté par des dizaines de figures pitoyables et exaltantes, des plus connues, comme celle de Annemarie Schwarzenbach (l’un des modèles de Sarah), aux plus méconnues, comme Félicien David, le musicien de Désert : Boussole est ainsi le roman des mille et un romans du rêve d’Orient, car chacun de ces itinéraires singuliers pourrait fournir la matière d’un récit autonome. Je dis « pitoyables », parce qu’Enard nous fait très bien sentir que leur quête est impossible à atteindre, qu’ils sont à la recherche d’un pur fantasme. Mais « exaltantes » aussi, parce qu’il a choisi (et on lui en sait gré) de nous faire partager, moins le projet des conquérants et des colonisateurs, qui ont eu l’outrecuidance naïve de prétendre apporter la civilisation à l’Orient, que la quête spirituelle des rêveurs, des aventuriers de l’esprit, qui se sont livrés corps et âmes à leur rêve de l’Autre et qui ont cherché à l’atteindre dans la réalité. Des histoires de perdants, mais de perdants magnifiques.

Enfin, Enard, dont on sait qu’il enseigne l’arabe et parle le persan, peut, à travers l’itinéraire de ses deux personnages, nous faire saisir de l’intérieur ce qui n’est trop souvent pour nous que le spectacle incompréhensible des actualités télévisées. Il évoque la vie en Syrie, et, dans des pages peut-être encore plus fortes, celle en Iran (notamment à travers la voix du poète Parviz, qui fait résonner en lui les accents douloureux de son peuple mais qui est capable aussi, dans une belle définition de l’amitié, « d’écouter tout ce qu’on ne lui dit pas »). Enard n’hésite pas à commenter l’actualité la plus brûlante aujourd’hui, celle de Daech, ne manifestant aucune complaisance à l’égard des pitoyables égorgeurs qui mènent une guerre contre l’Islam. Mais il écrit que, si les djihadistes sont prêts à détruire les vestiges pré-islamiques, c’est aussi parce que les populations locales ne les perçoivent pas vraiment comme leurs : « nos glorieuses nations se sont approprié l’universel par leur monopole de la science et de l’archéologie, dépossédant avec ce pillage les populations colonisées d’un passé, qui, du coup, est facilement vécu comme allogène : les démolisseurs écervelés islamistes manient d’autant plus la pelleteuse dans les cités antiques qu’ils allient leur profonde bêtise inculte au sentiment plus ou moins diffus que ce patrimoine est une étrange émanation rétroactive de la puissance étrangère. ». Dans l’oasis de Palmyre, nous rappelle-t-il, le touriste qui visitait les ruines somptueuses d’une cité antique passait sans la voir à côté d’une des plus atroces prisons du régime Assad. Surtout, l’immense culture d’Enard lui permet de ne pas se limiter à cette vision d’actualité et de nous rendre accessible ce que nous connaissons trop peu : les cultures arabe et persane. Il y a ainsi des pages magnifiques sur la musique syrienne ou sur la poésie de Khayyam. J’admire cette érudition, parce qu’elle est toujours partagée, généreuse : en nous restituant la richesse des cultures orientales, elle nous donne à ressentir la fascination des artistes occidentaux qui les ont découvertes.

A la fin de cette lecture, on se prend à rêver du pendant de Boussole, le roman placé sous le signe de la boussole inverse qui indiquerait obstinément l’Ouest. On aimerait qu’un romancier d’Orient réponde à Enard et nous rende présent le « rêve d’Occident » qu’a peut-être développé l’Orient. N’y a-t-il pas un « occidentalisme », qui répondrait à « l’orientalisme », et qui serait lui aussi une création commune ? Peut-être découvririons-nous, dans ce propos du romancier oriental sur nous, une image plus cruelle et plus intense de ce que nous ne sommes pas mais que nous voudrions être ? Ou de ce que nous sommes mais que nous ne voudrions pas être ? Ou même de ce que nous sommes sans nous en douter ? Cette vision distanciée, en tout cas, décentrée, faut-il aller la chercher du côté de Sadegh Hedayat, l’auteur de La chouette aveugle que l’insaisissable Sarah mentionne au début et à la fin de son périple, de ce romancier iranien dont je n’avais jamais entendu parler mais sous le patronage angoissé duquel se place Franz l’insomniaque ? Hedayat, qui finit par se suicider à Paris pour échapper à la solitude, alors qu’il était, d’après ce que je lis, à la fois un amoureux de la littérature occidentale la plus contemporaine et un admirable connaisseur de la littérature persane la plus ancienne ? Hedayat, le frère spirituel de Pessoa, le petit homme aux bésicles de fonctionnaire besogneux, qui était aussi l’un des rares à tenir les deux mondes entre ses mains ? Peut-être faut-il aller la chercher du côté de Salman Rushdie, qui, il y a vingt cinq ans déjà, dans les Versets Sataniques, regardait l’Angleterre avec les yeux d’un conteur oriental et l’Inde avec les yeux d’un romancier réaliste ? Hedayat comme Rushdie, pour des raisons différentes, se sont livrés au jeu terriblement dangereux de la dialectique entre soi et l’autre. Dangereux pour l’auteur mais si profitable pour le lecteur, car l’on peut se servir du rêve de l’autre pour se dépasser soi. N’est-ce pas ce que l’amour nous apprend : si l’amour ne permet jamais vraiment d’atteindre l’autre, il offre une chance de s’accomplir soi, dans sa tension même. Boussole est ainsi un roman sur le désir de l’autre, ses impasses, ses illusions, oui, mais aussi son énergie et sa générosité. Voilà pourquoi, à une époque, qui, ici comme là-bas, est en train de verser de nouveau, avec une ignorance coupable, dans la vieille ornière facile du mépris de l’autre, c’est un roman très nécessaire. Sans dévoiler la fin, j’adore la façon dont Sarah définit à Franz son cosmopolitisme : «L’Europe n’est plus mon continent, je peux donc y retourner. Participer aux réseaux qui s’y croisent, l’explorer en étrangère. Y apporter quelque chose. Donner, à mon tour, et mettre en lumière le don de la diversité. » Quitter l’Europe (ne serait-ce qu’en pensée, en lecture) pour y mieux retourner : c’est le trajet urgent auquel nous invite Boussole.

Love

Le film de Gaspar Noé est une expérience de cinéma saisissante.

Murphy, un jeune Américain venu étudier à Paris le cinéma et rêvant d’être réalisateur, vit en couple avec Omi, dont il a un petit garçon de deux ans, Gaspar. Il se sent piégé. Un matin, il découvre sur son répondeur un appel de la mère d’Electra, qui s’inquiète de n’avoir plus de nouvelles de sa fille. Electra est le grand amour de Murphy, qu’il regrette toujours deux ans après leur rupture. Pendant une journée, il va se souvenir d’elle. Allers-retours entre le présent et le passé, où on va les voir se quitter, se déchirer, se perdre, se découvrir, se rencontrer.

A mon sens, ni un film pornographique, ni un film érotique. Un film sur la passion amoureuse considérée comme une drogue. Finalement un thème aussi vieux (ou aussi neuf) que le monde. Mais Murphy, le jeune apprenti réalisateur (le double du cinéaste sûrement dans son mépris hargneux du conformisme français) se demande pourquoi on n’a jamais vu au cinéma (ou si rarement, car on pourrait lui citer, outre La vie d’Adèle, l’encore récent Lady Chatterley de Pascale Ferran) le sexe et l’amour dans leur lien essentiel. Pas un film d’amour, pas un film de sexe, mais un film sur le sexe en amour. Ce que rêve Murphy, c’est que fait Gaspar Noé. Bizarre impression de nouveauté, alors même qu’il s’agit de deux « choses humaines » assez ordinaires, ou du moins universelles.

D’où vient la radicalité? De la façon de filmer (à laquelle ne rend pas du tout justice la bande annonce racoleuse). Plans frontaux. De haut, de face. Sans presque aucun mouvement de caméra que des travellings arrière pour accompagner les personnages en extérieur. La caméra nous place sans afféterie face à ces corps, ces étreintes, ces conversations, ces orgasmes, ces disputes, ces expérimentations, ces trahisons, ces accès de violence, ces moments de douceur, et nous laisse les regarder. Les observer. Les juger, éventuellement. Nous confronte à eux. Ce qui est étrange, c’est que, dans la radicalité de ces plans fixes, il y a, souvent, une grande beauté. Beauté à la fois esthétique, tenant au style du cinéaste, à son sens de la composition, et non esthétique, en ce sens qu’elle est liée à l’intensité du regard sans complaisance qu’il nous force à poser sur ces corps en désir.

Alors, bien sûr, les deux personnages principaux sont de jeunes artistes, ou qui se prennent pour tels, junkies, immatures, prétentieux, égoïstes, tout ce qu’on veut, j’accepte. Peut-être aurait-il été tout aussi intéressant, et aussi juste, d’aborder le lien entre l’amour et le sexe à partir de personnages plus ordinaires, finalement moins convenus dans leur excès même mais qui auraient pu atteindre, dans la passion les submergeant, à une authenticité et une intensité aussi fortes. D’accord. Mais, au moins, Murphy et Electra ne sont pas lisses. Ils sont bruts, plein d’aspérités. Gaspar Noé refuse l’aseptisé, le calibré. Cela se voit dans le corps même des comédiens qu’il a choisis, dans la toison des deux filles (ou ne serait-ce que les dents de Aomi Muyock, la comédienne qui incarne Electra, pas arrangées, comme si elle était la seule fille actuelle à n’avoir pas porté d’appareil dans son adolescence), le corps viril mais pas vraiment musclé du garçon. Il a choisi des corps jeunes mais pas glamour. Des corps qui n’auraient pas été formatés par le dentiste, l’esthéticienne ou la salle de musculation, et qui, sur un écran, en paraissent d’autant plus singuliers. Les trois comédiens principaux, Karl Glusman, Aomi Muyock et Klara Kristin, se donnent corps et âmes avec une intensité stupéfiante. Ce sont eux aussi, par leur générosité, par leur ouverture dans la façon d’aborder les scènes de sexe mais aussi de conversation, qui nous rendent les personnages attachants, et leur itinéraire passionnant. Ces comédiens-là, portés par le projet du réalisateur, débarrassent leurs personnages de leurs scories et les amènent à l’essentiel.

Peut-être aussi y a-t-il quelques longueurs, sur la fin, quelques scènes dispensables. Notamment des détours par des boites, des clubs échangistes, ou une expérience avec un trans. Je crois comprendre le propos, réhabiliter le libertinage comme thème à explorer, dans une époque qui, quoi qu’on en dise, est menacée par le conformisme et l’ordre moral, aborder toutes les tentations, les expériences, les fantasmes, sans fausse honte. Mais le spectateur se sent moins concerné, parce que ces scènes-là font un peu redites, en moins fort, que la scène à trois entre Murphy, Electra et Omi, qui nous en dit beaucoup plus sur le fantasme, la possession, l’abandon, l’expérimentation, la jalousie.

Un autre aspect un peu agaçant, c’est l’emploi de la langue anglaise. Pertinent entre un Américain et une Française, ou entre trois étudiants étrangers, il devient artificiel entre une mère française et sa fille, entre deux copines. On aurait aimé que ce film s’interdise toute artificialité, même ou surtout pour des impératifs de distribution.

Ces réserves faites, quelle oeuvre ! Le spectateur est d’abord déconcerté, parfois irrité, souvent bousculé, mais finalement subjugué, et passionné. Voilà une autre définitition possible du chef-d’oeuvre : non pas l’oeuvre parfaite mais celle qui dans sa radicalité ose viser à l’essentiel.

Alors que je l’ai vu hier interdit aux moins de seize ans, je lis ce matin qu’il pourrait être interdit aux moins de dix-huit ans. Ce changement me paraît un peu crétin. Effectivement Love est un film pour adultes, en ce sens qu’il porte un regard adulte sur le sexe, sur la matérialité des sexes masculin et féminin, et leurs manifestations physique, l’éjaculation par exemple et sans doute peut-il choquer des adolescents. D’un autre côté, il n’y a pas de voyeurisme, pas de complaisance (mais un regard). Le vrai thème, c’est la passion amoureuse -doit-elle être interdite aux moins de dix-huit ans? On est toujours surpris de constater que le censeur est plus sensible au sexe qu’à la violence, qu’il laisse passer dans un film d’action des dizaines de meurtres tous plus terrifiants les uns que les autres, sans songer à en protéger quiconque, sinon parfois les moins de douze ans, tandis qu’il interdit jusqu’à dix huit des personnages en train de faire l’amour. Pourquoi un coït reste-t-il plus problématique qu’un meurtre, alors que la plupart d’entre nous (espérons-le en tout cas) est ou sera concerné plus directement par le coït que par le meurtre? Serait-ce justement parce que la censure concerne moins souvent un rapport à la moralité qu’un rapport à la réalité : la violence montrée par un certain cinéma d’action est déréalisée, gratuite, tandis que le sexe montré par « Love » a pour objet, non pas le fantasme, mais le rapport au réel? Peut-être devrions-nous nous féliciter qu’Eros à nos yeux reste plus dérangeant que Thanatos, parce que plus réel? Finalement, la seule chose qui serait vraiment embêtante avec cette interdiction, c’est que la polémique empêche les spectateurs non pas de voir le film, mais de le regarder.

SchvédranneProject

La rencontre improbable entre les mots de Gilles B. Vachon, vieux sage qui médite désormais après bien des détours sur les hauteurs grenobloises de son Gange intérieur, et la musique d’Antoine Colonna, jeune chat efflanqué qui strie de son énergie les nuits technos de Lyon et d’ailleurs.

Rencontre improbable et donc efficace. Car seuls les mélanges sont explosifs.

http://soundcloud.com/schvedranneproject/stupeurettremblement20eme

Stupeur et tremblement 20ième. J’aime la façon dont la musique ici soutient et amplifie la profération poétique sans l’annihiler, partant avec elle d’un simple moment banal du quotidien (une file d’attente devant un cinéma) pour se projeter dans les nuages de la vision cosmique, avant l’inévitable redescente.

A écouter un peu fort évidemment.

L’Eurozone et la fin de l’idée européenne?

Je ressens beaucoup d’amertume, et même de la colère, depuis la fin des négociations avec la Grèce et la prétendue réussite de cet accord qui n’est qu’un désastre démocratique et un coup d’état libéral, dans la lignée de ceux perpétrés par les « assassins financiers » que décrit John Perkins. Je n’y ai vu que la négation des valeurs sur lesquelles s’était édifiée la communauté européenne, comme le souligne Thomas Piketty. Ou du moins des valeurs dont on avait réussi à nous faire croire pendant longtemps qu’elles étaient au coeur de son projet. Je n’y ai vu nulle solidarité mais du mépris pour la Grèce (et l’on a bien l’impression que ce mépris pourrait facilement devenir celui des Européens du Nord pour les Européens du Sud, sans que l’on sache exactement de quel côté la France se situerait ou serait située par ses voisins d’Outre-Rhin). Je n’y ai vu nul respect de la démocratie mais un mépris pour les consultations populaires et la preuve que les groupes de chefs d’état, de technocrates et de banquiers de l’Eurozone sont plus importants que les citoyens, qu’ils ont seuls voix au chapitre dans le secret de leurs bunkers. Bref, j’y ai vu la confirmation brutale d’une vérité de plus en plus aveuglante depuis quelques années : cette Europe-là, cette Eurozone, n’est plus (ou n’a jamais été?) qu’un  monstre froid (je note aussi cette métaphore de « l’Hydre » qui apparaît chez plusieurs commentateurs). Ce que l’on entend d’ailleurs très bien dans ce terme d’Eurozone, qui limite l’idée européenne à l’espace grisâtre d’une monnaie unique. J’ai été un peu moins lucide que beaucoup d’autres, j’ai refusé pendant longtemps d’y croire. J’aimais bien me dire Européen. Dans ma génération, celle qui est née dans les années 60 et qui est arrivée à la citoyenneté dans les années 80, celle qui était encore jeune au moment de la Chute du Mur, l’Europe était le dernier grand rêve. Mais je crois qu’il est bien mort, cette fois. Et d’une mort assez moche. Je regrette aujourd’hui d’avoir voté oui au traité de Maastricht et je me jure de ne plus jamais me déplacer pour une seule de ces pseudo-élections européennes. Tout simplement, ces institutions, ces grands buildings prétentieux de Bruxelles, cela ne me concerne plus. Cette « Eurozone » des deux croque-morts, Merkel et Hollande, qui se satisfait très bien des paradis fiscaux mais qui n’est pas capable de concéder la moindre place à Varoufakis, cela ne me concerne plus. Dommage.

La constellation du Chien

Bénédicte, la libraire d’Actes Sud, et Myriam, mon éditrice, m’ont fait découvrir ce premier roman de Peter Heller, paru en 2012 sous le titre The Dog Stars et publié en 2013 chez Babel. Je ne regrette pas d’avoir suivi leur conseil, car j’ai adoré, comme beaucoup d’autres lecteurs avant moi, ce roman d’anticipation bizarre et prenant, à la fois réaliste et poétique. D’un point de vue personnel, ce hasard tombait bien : il m’a permis de lancer idéalement mon exploration des imaginaires de fin du monde.

Si l’on raconte l’histoire, on a l’impression de se retrouver dans un univers à la Mad Max. Cela se passe au fin fond du Colorado 9 ans après la pandémie qui a entraîné la Fin de Tout. On suit l’un des rescapés, Hig. Il survit sur un ancien aéroport, et fait équipe avec Bangley, une sorte d’ancien Marine taiseux et surarmé. Ils ne sont pas vraiment copains mais ils se complètent bien : Hig fait des vols de repérage sur un vieux Cessna et Bangley élimine impitoyablement tous les rôdeurs qui se présentent. Hig a un chien aussi, Jasper (beaucoup plus doué que Bangley pour les relations humaines). Et des souvenirs. On est donc dans un monde d’après la civilisation, où rien ne reste de l’armature de la société, où la vie est limitée à la survie et à des scènes d’affrontement hyperviolentes entre rescapés. Mais, à la différence de Bangley, Hig ne s’en satisfait pas : il a envie d’aller voir ailleurs s’il reste des humains…

Car l’originalité du roman, c’est la personnalité du narrateur. Pêcheur, chasseur, pilote d’avion, jardinier, charpentier, amateur de poésie chinoise. D’une drôlerie, d’une mélancolie, d’une poésie folles. Déjà décalé dans le monde d’aujourd’hui, il l’est encore plus dans ce monde apocalyptique de demain. A la différence de Bangley, il croit encore à la « connexion », avec les choses, avec les êtres, les animaux, les humains inconnus. Je te laisse découvrir de quelle manière farfelue, erratique et profonde, il va découvrir de quoi et de qui réinventer le monde. C’est ce mélange détonnant entre un univers hyperviolent et un narrateur poète qui fait le charme puissant de ce premier roman. Brautigan qui réécrirait Mad Max, si tu vois ce que je veux dire.

Et puis un style, magnifiquement rendu par la traduction de Céline Leroy.  Un ton, une voix, une attention hyperaigüe aux détails et des embardées dans l’imaginaire, une façon très curieuse de noter les dialogues ou de laisser les phrases en l’air, un mélange entre le registre de la conversation et d’autres beaucoup plus raffinés, l’efficacité des scènes d’action et la façon de prendre son temps pour décrire la netteté rassurantes des paysages apocalyptiques vus d’avion, la pêche en pleine rivière ou la résilience des forêts. De belles scènes d’amour aussi, que j’ai appréciées en amateur, bien crues et bien lyriques. Tout ce que j’aime dans la grande littérature américaine : le lyrisme du réel.

Tu peux lire aussi la critique de François Xavier sur le « Salon Littéraire », aussi enthousiaste que moi. Je n’oublierai pas La constellation du Chien, et j’attends avec impatience de lire son deuxième roman, The painter, dont la traduction, si j’ai bien compris, doit sortir cet automne.